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Cri d'alarme pour le traitement des enfants, oubliés de la lutte anti-sida

Agence France-Presse - décembre 8, 2005
Jérôme Cartillier
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ABUJA, 8 déc (AFP) - Les experts réunis lors de la 14e Conférence sur le sida en Afrique (Cisma) ont lancé un cri d'alarme en faveur des enfants d'Afrique, longtemps oubliés de la lutte anti-sida, même si un réveil récent est perceptible.

"Vous voyez des adultes qui sont traités mais les enfants continuent à mourir", explique à l'AFP le docteur Daniel O'Brien, de Médecins sans frontières (MSF), qui rappelle que les taux de mortalité chez les jeunes enfants infectés sont "très élevés".

L'Afrique, continent le plus pauvre de la planète, regroupe près de 90% des enfants touchés par la pandémie dans le monde. En l'absence de traitement, plus de la moitié d'entre eux meurent avant l'âge de deux ans.

Les antirétroviraux (ARV) pour enfants restent rares, chers, et, dans la majorité des cas, complètement inadaptés à une utilisation en Afrique.

Ainsi, les traitements pédiatriques existants se présentent, pour la plupart, sous forme de sirop: certains doivent être conservés dans un réfrigérateur, d'autres dilués avec de l'eau. Et l'importante quantité de bouteilles nécessaires constituent un autre obstacle sérieux.

"La combinaison de l'ensemble de ces facteurs fait que les médecins sur le terrain sont très réticents à lancer des traitements", explique Fernando Pascual Martinez, pharmacien de MSF.

"C'est très frustrant", ajoute-t-il, en écho à un sentiment largement exprimé par les pédiatres africains participant à la Cisma.

Régulièrement montrée du doigt, l'industrie pharmaceutique est accusée de traîner les pieds sur un marché peu rémunérateur car essentiellement africain.

Si la transmission du virus de la mère à l'enfant reste très importante en Afrique, elle a pratiquement disparu dans les pays occidentaux.

"Il n'existe tout simplement pas de pression du marché pour pousser les groupes pharmaceutiques à proposer des traitements pédiatriques adaptés et abordables", estime O'Brien.

Dans de nombreux cas, la seule solution est aujourd'hui d'utiliser des traitements pour adultes en coupant les comprimés.

Les résultats sont très encourageants, mais s'il n'est pas fait de manière rigoureuse, l'exercice présente des risques évidents: un sous-dosage peut provoquer une résistance du virus au traitement, un sur-dosage peut poser de graves problèmes de toxicité.

De l'avis général, une prise de conscience est cependant en cours.

"Longtemps, beaucoup ont pensé que c'était trop compliqué, et que les enfants allaient mourir rapidement de toutes façons. Au cours des 12 derniers mois, les gens ont enfin commencé à réaliser que les antirétroviraux pouvaient être très efficaces sur les enfants", explique O'Brien.

Ici et là, des résultats prometteurs sont annoncés, même s'ils apparaissent timides à l'échelle de la pandémie.

Au Rwanda, la mise en place d'un programme lancé en 2004 et axé sur la formation des médecins généralistes a permis de multiplier par cinq le nombre d'enfants sous ARV, qui s'élève désormais à 1.800.

"Il est possible de faire de la prise en charge pédiatrique (des enfants touchés par le VIH-sida) même en pays à ressources limitées" dans la mesure où il existe "une engagement politique ferme", a affirmé le docteur Diane Gashumba, de l'hôpital universitaire de Kigali.

Au-delà d'avancées isolées sur le terrain, la mise à disposition, à travers le continent, d'ARV pédiatriques adaptés (sous forme de comprimés) et abordables reste une priorité.

"Nous n'avons pas ce dont nous avons besoin. Ce que nous utilisons actuellement est préférable à l'inaction, mais ce n'est certainement pas ce que nous voulons pour l'avenir", a résumé le docteur Siobhan Crowley, de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

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