SAN FRANCISCO (Etats-Unis), 28 nov 2005 (AFP) - San Francisco est la seule ville des Etats-Unis où les nouveaux cas de sida sont en baisse, laissant espérer un recul des pratiques de relations sexuelles à risque, notamment sous l'emprise de la drogue.
"San Francisco et la Californie arrivaient en tête de l'épidémie, et maintenant le fait d'avoir de bons résultats dans la réduction des cas de sida est une bonne chose", déclare à l'AFP Steven Tierney, directeur du programme de prévention du SIDA à San Francisco.
"Je pense que cela donne de l'espoir aux malades", ajoute-t-il.
Les statistiques indiquent que moitié moins de nouveaux cas de séropositivité ont été relevés cette année chez les homosexuels de San Francisco par rapport à 2004, indique Jason Riggs de l'organisation locale Stop Aids Project.
Au sein de la communauté homosexuelle de la ville californienne, le taux de personnes contaminées par le virus du sida est passé de un sur trois à un sur quatre pour la première fois depuis le début de la pandémie.
"Nous sommes la seule ville des Etats-Unis où l'on note une tendance à la baisse" du nombre de cas, souligne M. Riggs alors que la communauté internationale s'apprête à marquer la journée mondiale du sida le 1er décembre.
Les nouveaux cas de syphilis - une indication sur les conséquences de rapports sexuels non protégés - ont également baissé de 27% dans la communauté homosexuelle, ajoute-t-il.
Les experts en prévention estiment qu'un des facteurs clés de ce tournant est la diminution de la consommation de méthamphétamine souvent utilisée comme aphrodisiaque. "Nous sommes passés d'une situation où nous étions la ville des Etats-Unis où les homosexuels et bisexuels consommaient le plus de cristaux de methamphétamines à une situation d'égalité avec Chicago ou Los Angeles", relève-t-il.
"Nous ne sommes pas encore totalement hors de danger, mais la tendance est positive", ajoute Jason Riggs.
Les statistiques indiquent que les gays de San Francisco faisant usage de méthamphétamines pour se désinhiber étaient quatre fois plus succeptibles d'être infectés par le virus du sida que ceux qui ne se droguent pas, selon Stop Aids.
"Imaginez n'avoir jamais été capable dans votre vie d'avoir des relations sexuelles sans sentiment de honte ou de culpabilité et trouver ensuite la potion magique qui vous donne la sensation d'être absolument libre, c'est de cela qu'il s'agit", indique Jason Riggs.
"Le problème, ajoute-t-il, c'est que cette potion magique est davantage source d'addiction que le crack ou l'héroïne et détruit les centres du plaisir dans le cerveau. C'est plus rapide et moins cher qu'une thérapie, mais beaucoup plus destructeur", assure-t-il.
Les experts indiquent que la méthamphétamine, utilisée au sein de la communauté gay depuis 40 ans est en train de passer de mode, en raison des ravages qu'elle produit.
La municipalité de San Francisco a apporté son soutien financier et politique aux programmes éducatifs et médicaux destinés à promouvoir les pratiques de relations sexuelles protégées et à convaincre les consommateurs de méthamphétamines et autres drogues de ne pas partager d'aiguilles.
"Je ne pense pas que ces bons résultats sont dus à la chance, estime Steven Tierney, je pense que nous avons fait beaucoup de travail au sein de la communauté pour arriver à ce que les gens prennent conscience de leur responsabilité".
Pour le docteur Eric Goosby, responsable de la fondation Pangaea Global Aids, la bataille pour des relations sexuelles sûres "est loin d'être gagnée de manière définitive". Mais, ajoute-t-il, à San Francisco, "la convergence de traitement et de prévention s'est révélée être une stratégie gagnante".
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