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Les premiers adolescents roumains victimes du sida entre révolte et espoir

Agence France-Presse - novembre 30, 2005
Laura Chiriac

BUCAREST, 30 nov 2005 (AFP) - Arrivés à l'âge adulte, les "enfants du sida", contaminés par le virus VIH sous le régime Ceausescu, par des transfusions de sang non testé, tentent de se frayer un chemin dans la vie, malgré les préjugés d'une société roumaine, parfois hostile à leur encontre.

Seize ans après la chute du communisme, la Roumanie détient toujours le triste record du plus grand nombre d'adolescents atteints du sida en Europe, soit plus de 7.500 séropositifs ou développant la maladie.

Condamnés aux yeux de la société, la plupart de ces adolescents ont grandi malgré tout, plutôt à l'hôpital qu'à l'école, apprenant à cacher, selon un de ces jeunes, "le secret honteux" de leur séropositivité et à vivre sans perspective d'avenir.

"Heureusement, les nouvelles trithérapies médicamenteuses se sont avérées efficaces et cette première génération d'adolescents du sida veut choisir un métier, continuer ses études, faire l'amour, avoir des enfants", explique le responsable d'une association anti-sida, UNOPA, Traian Stanciu.

Une trentaine de ces miraculés, réunis dans un groupe surnommé les "combattants" ont pris le risque de se dévoiler, afin de lever le tabou sur leur maladie.

"Nous demandons aux autorités roumaines de respecter le droit à la vie, aux soins et au travail", a déclaré le jeune Cristian Traicu, 19 ans, lors d'une conférence de presse fin novembre à Bucarest.

"Il ne faut pas oublier la responsabilité des médecins dans la propagation de la maladie, car nous avons pour la plupart contracté le virus VIH dans les années 1980, suite notamment à l'utilisation de seringues non stérilisées", a-t-il rappelé.

Iulian Dragan, 20 ans, jeune homme au beau sourire charmeur, dénonce pour sa part le "laisser-faire" des autorités par rapport aux jeunes atteints du sida et aujourd'hui majeurs.

"Jusqu'à l'âge de 18 ans, je recevais une allocation d'environ 200 euros. Même si elle n'était pas énorme, cette somme était importante pour ma famille. Mais depuis deux ans je ne reçois plus cette indemnité et je peine vainement à trouver un emploi. Quand les gens aprennent que je suis séropositif, ils invoquent parfois des prétextes ridicules", s'insurge-t-il.

Selon la responsable de la fondation "Partenaires pour la vie", Liliana Rusu, plus de 800 adolescents ont découvert leur séropositivité ces dernières années, à l'occasion de programmes financés par plusieurs associations et dirigés par des psychologues et assistants sociaux.

"Il était impérieux de faire connaître à ces enfants leur maladie, d'autant plus qu'ils sont sur le point de commencer leur vie sexuelle", explique Mme Rusu à l'AFP.

Qualifiés par l'opinion publique ainsi que la plupart des médias de "bombe épidémiologique", ces adolescents ont parcouru entre 2002 et 2005 de nombreuses étapes leur permettant de "comprendre qu'être séropositif n'est pas la fin du monde".

"Après beaucoup d'hésitations, j'ai franchi le pas et j'ai finalement réussi à parler ouvertement de cette maladie à mes partenaires. Pourtant, les rapports sexuels me posent un problème car j'ai peur de contaminer quelqu'un. Cela me torture l'esprit", soupire Iulian Dragan.

Une campagne de lutte contre la discrimination des quelque 11.000 personnes contaminées en Roumanie par le virus VIH sera lancée le 1er décembre, à l'occasion de la Journée mondiale contre le sida, avec le soutien des Nations unies.

Selon l'Unicef, moins de 60% des adolescents, séropositifs ou porteurs du virus, achèvent actuellement leur scolarité dans des établissements publics, un pourcentage qui traduit les fortes réticences des autorités locales face au sida.

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