SOFIA, 15 nov 2005 (AFP) - La Bulgarie était déçue mardi du report au 31 janvier de la décision de la cour suprême de Tripoli sur l'appel de cinq infirmières bulgares et d'un médecin palestinien passibles de la peine de mort en Libye, estimant que les condamnés étaient "au bout de leurs forces".
"La décision ne fait que prolonger le drame de nos cinq infirmières innocentes et d'un médecin", a déclaré à Sofia le président bulgare, Gueorgui Parvanov.
"Nous sommes extrêmement inquiets du long séjour en prison des infirmières qui sont au bout de leurs forces physiques et psychiques", a ajouté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Dimitar Tsantchev.
Les infirmières et le médecin ont été condamnés à mort le 6 mai 2004 après avoir été reconnus coupables d'avoir sciemment inoculé le virus du sida (VIH) avec des produits sanguins contaminés à 426 enfants, dont 50 sont morts, à l'hôpital pédiatrique Al-Fatah de Benghazi (nord de la Libye).
Emprisonnées depuis février 1999, elles se sont plaintes que leurs aveux leur avaient été extorqués sous la torture par la police.
Selon l'avocat bulgare Hari Haralampiev, la Haute cour libyenne "ne se prononcera pas (au fond) avant le 1er mars" car de nouvelles plaidoiries seront entendues le 31 janvier. La Cour pourra alors soit ordonner un nouveau procès, soit confirmer la peine de mort.
A Bruxelles, la Commission européenne a estimé que le report décidé mardi par Tripoli constituait "un pas utile". "Nous comptons sur le système judiciaire libyen pour que justice soit rendue", a déclaré la commissaire européenne aux Relations extérieures, l'Autrichienne Benita Ferrero-Waldner.
Les Etats-Unis, réconciliés avec le régime libyen, et l'Union européenne ont demandé à plusieurs reprises la libération des condamnés tout en s'engageant à aider Tripoli à combattre le sida.
A Sofia, M. Tsantchev s'est dit confiant que "ce nouveau report sera utilisé par la Cour suprême libyenne pour prendre en compte les preuves irréfutables de l'innocence des infirmières (...), soutenues par des experts mondiaux éminents".
Lors du procès de première instance, le co-découvreur du HIV, le Pr français Luc Montagnier, avait estimé que l'épidémie avait commencé avant même l'arrivée des infirmières en Libye et qu'elle était due aux mauvaises conditions d'hygiène à l'hôpital de Benghazi.
L'avocat libyen des infirmières bulgares, Othmane al-Bizanthi, a estimé que ce report inattendu étayait "la solidité des preuves fournies par la défense". Le coordinateur de la défense bulgare, Traïan Markovski, s'est pour sa part déclaré "encore plus optimiste" après la décision.
"Arrêtez avec cet optimisme! Faut-il être optimiste pendant dix ans. Les infirmières sont des otages et elles sont désespérées", a protesté Marian Gueorguiev, beau-fils de l'une des infirmières.
"Le report arrange le leader Libyen, Mouammar Kadhafi, pour obtenir quelque chose en échange", a estimé, désespérée, Zorka Anachkova, mère de l'infirmière Kristiana Valtcheva, qui participait mardi à une manifestation de solidarité devant l'ambassade de Libye à Sofia.
Sofia a par ailleurs une nouvelle fois rejeté l'idée de verser des compensations financières aux familles des enfants malades, tout en exprimant sa compassion et sa volonté d'aider la Libye à combattre le sida.
"Les infirmières bulgares sont innocentes et toute idée de compensations ou d'autres formes de reconnaissance de leur culpabilité sont inacceptables", a déclaré M. Tsantchev.
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