MAFETENG (Lesotho), 24 oct (AFP) - Le Lesotho fait partie des pays les plus pauvres de la planète et les plus dévastés par le sida, avec une espérance de vie tombée à 35 ans alors que la population peine encore à comprendre ce qu'est le virus et comment s'en protéger.
"Le problème ici, c'est que tout le monde couche avec tout le monde, comme vous utilisez votre portable." Infirmière en chef de l'hôpital de Mafeteng (environ 70 km au sud de Maseru), Motsoanku Mefane ne prend pas de gants pour expliquer comment le sida dépeuple ce petit royaume montagneux de 1,8 million d'habitants.
L'espérance de vie, déjà tombée de 60 à 52 ans entre 1991 et 2001, n'est plus que de 35 ans et le virus a fait au moins 100.000 orphelins, selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) qui lance mardi à New York une campagne mondiale intitulée "Unissons nous pour les enfants, contre le sida".
Le Lesotho est l'un des "pays cibles" de cette campagne. Avec un revenu par habitant de 590 dollars annuels, il cumule le handicap de la pauvreté à celui de 3ème taux de prévalence du VIH-sida du monde avec 29% des 15-49 ans infectés.
A l'origine, le virus s'est répandu dans les années 90 par le biais du fort contingent d'hommes, jusqu'à 100.000, contraints par la misère d'aller travailler dans les mines de l'Afrique du Sud voisine.
Parqués dans des barraquements de béton, les mineurs ont été contaminés par des prostituées, puis ont transmis le virus à leurs partenaires lors de leur retour au pays une ou deux fois l'an.
Thabang Mokhethi, 38 ans, est de ceux-là. Assis dans la salle d'attente comble du service HIV-sida de l'hôpital de Mafeteng, il vient se faire tester et surtout se faire soigner. Car il connaît déjà le résultat.
"Il y a cinq ans, j'ai fait le test. On m'a dit que j'étais séropositif. Mais je ne l'ai pas pris au sérieux car je ne me sentais pas malade et j'ai eu beaucoup de relations sexuelles sans préservatif. Maintenant, j'ai tout le temps froid", dit-il en frisonnant sous ses deux pulls alors que la température avoisine les 30°.
Outre la propagation massive par les mineurs, "il y a un phénomène sociologique de relations sexuelles d'hommes plus âgés avec des filles très jeunes, aussi des rapports forcés, des viols, et surtout l'habitude pour les hommes d'avoir des partenaires multiples et concomitantes", explique le Dr Bertrand Desmoulins, représentant de l'Unicef au Lesotho.
Mme Mefane reçoit en tête à tête des dizaines de femmes pour les informer sur le test HIV, les risques de contamination de leur bébé si elles sont enceintes, les antirétroviraux (ARV), etc... "Nous travaillons dur pour impliquer les maris, mais certains prennent la fuite", déplore-t-elle.
Mère de jumelles de six mois, Mpho Rajane, 29 ans, a été abandonnée par son compagnon après le résultat de son test. "Il n'a pas voulu en parler. Je lui pardonne de m'avoir contaminée, pas d'être parti", dit cette femme, qui est soignée aux ARV et se dit "fière de connaître (son) statut".
Refugiée dans un centre pour filles-mères géré par des religieuses de la congrégation du Bon Pasteur, Relebohile Moea, en revanche, ne se sent pas prête à faire le test.
"J'ai été violée par mon oncle. Il m'a mis un couteau sous la gorge. Il en a violé d'autres. Je pense qu'il a le sida et que je l'ai peut-être aussi. J'ai peur", lâche dans un souffle cette frêle adolescente de 16 ans.
Puis, en dépit du risque de transmission par l'allètement maternel, elle sort un sein gorgé de lait de son débardeur rose et commence à nourrir le petit Realeboha, né du viol. Pour ce beau bébé joufflu de 18 mois, elle se fera "peut-être bientôt" tester.
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