LOS ANGELES, 1 oct 2005 (AFP) - "Au moins, mon infortune aura eu des effets positifs", souffle l'acteur Rock Hudson sur son lit de mort le 2 octobre 1985, deux mois après avoir été la première célébrité mondiale à annoncer être malade du sida, contribuant ainsi à sensibiliser le grand public à la pandémie.
"Il a été la première personne connue aux Etats-Unis et dans le monde entier à annoncer avoir le sida, cela a été un choc considérable", se souvient Craig Thompson, directeur de la "Fondation sida de Los Angeles" (APLA), une association d'aide aux malades formée dès 1983.
"La communauté homosexuelle commençait à s'organiser, savait qu'il y avait un problème. Nous connaissions tous des gens qui avaient le sida, mais ce n'était pas le cas des Américains en général. Et il a été cette première personne", selon M. Thompson, un activiste de longue date.
"Jusqu'alors, dans l'esprit du public, le sida était encore une maladie de sodomites, de drogués ou d'autres gens en marge de la société, pas de stars américaines, et surtout pas de gars aussi costauds que Rock", constate le site internet E! Online, spécialisé dans les célébrités.
Outre le fait que le sida, à l'époque, "signifiait la mort à brève échéance", le choc était aussi venu "de la prise de conscience du fait que l'un des grands sex-symbols américains était gay", explique pour sa part M. Thompson.
Mais Hudson n'a "jamais, au grand jamais reconnu qu'il était homosexuel", rappelle Liz Smith, éditorialiste proche de l'acteur, l'une des figures emblématiques du cinéma américain d'après-guerre. "A cette époque, si son homosexualité avait été révélée, je ne pense pas qu'il aurait pu avoir une telle carrière", dit-elle.
L'acteur avait été marié en 1955 à la secrétaire d'un agent de Hollywood mais leur union, vraisemblablement arrangée, avait duré moins de trois ans.
Né Roy Harold Scherer en 1925, Rock Hudson avait commencé à tourner à 23 ans, servi par son physique d'Adonis (1,93 m) et son visage de beau gosse.
Il avait décroché une nomination aux Oscars pour "Géant" en 1956, avant de jouer dans plusieurs comédies à succès avec Doris Day dans les années 1960. En 1984, il avait endossé un des rôles de la série télévisée populaire "Dynasty".
Mais la dégradation visible de son état de santé soulevait de plus en plus de questions, et le 25 juillet 1985, son attachée de presse avait révélé la nature de sa maladie alors qu'il était hospitalisé à Paris.
A cette époque, même si le virus du sida avait été identifié deux ans plus tôt et qu'il touchait officiellement 12.000 personnes aux Etats-Unis, principalement dans les communautés homosexuelles de New York et San Francisco, la maladie était encore mal connue et alimentait toutes les psychoses.
Un des aspects de cette "grande peur" avait été la réaction du public et de médias qui avaient immédiatement fait le lien entre la maladie de Hudson et une scène de baiser dans "Dynasty" entre le comédien et l'actrice Linda Evans, quelques mois plus tôt.
"Les connaissances sur les voies de transmission étaient très fragmentaires. La question de savoir si le virus pouvait passer par la salive n'était pas tranchée", reconnaît M. Thompson: "je ne pense pas que le public ait surréagi".
"Mais heureusement pour nous, militants anti-sida, Hudson était quelqu'un de très aimé. Sa réputation était tellement bonne que la réaction de Hollywood avait été très positive", affirme le responsable de l'APLA.
De fait, rappelle-t-il, la mort de Hudson allait aussi marquer le début d'une implication de longue date de l'industrie du divertissement américaine dans la lutte contre le sida, dont Elizabeth Taylor, une autre proche de l'acteur, est toujours l'une des figures de proue.
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