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Afrique australe: le Sida mine l'espérance de vie et le corps social

Agence France-Presse - juillet 22, 2005
Samir Tounsi

TOURS, 22 juil 2005 (AFP) - Le Sida a provoqué un recul spectaculaire de l'espérance de vie en Afrique australe et bouleversé le corps social, des femmes très âgées se retrouvant parfois chef de famille, ont souligné vendredi des experts au Congrès international de la population à Tours.

Le constat n'est pas neuf: l'ONU, dans son rapport 2004, soulignait que "l'Afrique, à la différence d'autres grandes régions, connaît un déclin de l'espérance de vie depuis la fin des années 1980", en raison du Sida, des conflits armés et du paludisme.

Dans l'ensemble de l'Afrique australe, où se trouvent les pays les plus affectés, l'espérance de vie à la naissance est passée de 61 ans en 1985-1990 à 48 ans en 2000-2005.

Explosion du nombre d'orphelins, régression économique, disparition de la population active qualifiée: les effets du Sida en Afrique du Sud, au Botswana, au Lesotho, en Namibie ou au Swaziland ont déjà été décrits.

Mais à Tours, des démographes se sont penchés sur des mutations moins visibles.

En Afrique du sud, qui compte 46,9 millions d'habitants - et 21,5% des 15-49 ans touchés par le Sida -, des grands-mères de plus de 60 ans doivent ainsi subvenir seules aux besoins de toute la famille, en raison de l'épidémie et du chômage.

"Ce sont souvent elles qui s'occupent en premier lieu des malades, des enfants des malades, et des orphelins", ont expliqué deux universitaires sud-africaines, Enid Schatz et Catherine Ogunmefun, qui ont interrogé soixante femmes de 60 à 75 ans confrontées au Sida.

Assurance pour "un cercueil"

Des vieilles femmes qui après avoir élevé leurs propres enfants, eux-mêmes devenus parents, se retrouvent soudain au soir de leur vie confrontées à la maladie et à la mort de leur descendance, contaminée par le virus du Sida, et contraintes de subvenir aux besoins des plus petits encore en vie, de nourrir et bercer les bébés orphelins, d'élever leurs aînés...

Les chiffres sont éloquents. Au Botswana, qui compte 1,6 million d'habitants et où la prévalence du VIH (le virus du Sida) était estimée à 36% de la population adulte en 2003, l'espérance de vie est tombée de 65 ans en 1985-1990 à 37 ans en 2000-2005.

Avec une maigre pension de 740 rands (environ 100 dollars), "beaucoup de retraités paient 40 à 70 rands par mois pour avoir une assurance en cas de décès, ou de celui d'un des membres de leurs familles", ajoutent les deux universitaires. Ces assurances prévoient "un cercueil" et "de la nourriture pour la période de deuil".

Autre conséquence du Sida en Afrique du Sud: "la mort prématurée des femmes en âge de se reproduire devrait avoir pour conséquence une baisse substantielle du nombre d'enfants à naître dans la population", ont expliqué deux autres universitaires, Oliver Zambuko et Akim Mturi.

Le taux de fécondité est actuellement de 2,8 enfants par femme en Afrique du Sud.

A Tours, Lieve Fransen, une représentante de la Commission européenne et membre du Fonds global contre le sida, la malaria et la tuberculose à Genève, n'a pas caché sa lassitude face à la multitude d'études plus précises les unes que les autres sur le sujet... et au manque de réponses face à l'épidémie.

"Je voudrais que l'on puisse répondre plus rapidement (aux problèmes engendrés par le Sida) avec des politiques plus appropriées. Il faut plus d'attention aux femmes, aux jeunes", a-t-elle demandé.

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