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La Namibie veut protéger les droits des veuves du sida

Agence France-Presse - juillet 9, 2005
Brigitte Weidlich
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WINDHOEK, 9 juil (AFP) - En Namibie, où le sida fait des ravages parmi la population rurale, le gouvernement tente de combattre une coutume ancestrale voulant qu'au décès du mari, une veuve et ses enfants perdent maison, champs et bétail au profit de la belle-famille.

"La coutume d'évincer les veuves et leurs enfants de leur terre et de confisquer leurs biens ne devrait pas être permise dans une Namibie indépendante", a estimé cette semaine la première dame du pays, Penehupifo Pohamba.

"J'appelle nos chefs traditionnels à venir en aide aux habitants de leur juridiction afin de s'assurer que cette pratique n'a plus lieu", a-t-elle déclaré lors d'une conférence nationale sur les droits de propriété des femmes et des enfants.

Encore respectée dans les campagnes du nord, cette coutume aboutit à jeter dehors et sans un sou des milliers de femmes dont le mari est mort, notamment du sida dans un pays où la pandémie touche un adulte sur quatre, soit au total quelque 210.000 personnes.

Le virus a déjà fait quelque 57.000 enfants orphelins d'au moins un parent et aggrave la pauvreté dans cet immense pays quasi-désertique.

"Ces orphelins et leurs mères sont victimes de règles et coutumes traditionnelles qui aboutissent à les déposséder de leurs moyens de subsistance", a dénoncé la femme du président Hifikepunye Pohamba.

Loide Amushila, qui est séropositive et a tout perdu après le décès de son mari dû au sida, est dans ce cas.

"Lorsque mon mari est mort, sa famille m'a expulsée de notre foyer avec mes quatre enfants", raconte cette femme qui travaille à présent pour une association de lutte contre le sida subventionnée par une église locale.

"Nous n'avions nulle part où aller. Nous avons dû laisser nos champs de mahangu (millet) et notre maigre bétail. Ils ont tout pris."

"Maintenant, je donne des conseils sur le sida en allant de foyer en foyer. Je gagne un peu d'argent et mes enfants peuvent aller à l'école", ajoute Loide, qui vit dans le village d'Oshakati, à 600 km au nord de Windhoek.

Selon une étude de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) en Namibie, cette coutume d'évincer les veuves et leurs enfants est pratiquée depuis toujours. Elle ne concerne d'ailleurs pas que la Namibie. Mais la propagation du sida, la sécheresse qui touche l'Afrique australe et l'augmentation de la pauvreté en aggravent les conséquences.

Quelque 44% des veuves et des enfants ont perdu leur bétail, symbole de richesse et de statut social, et 41% leur matériel agricole, précise la FAO en soulignant que ces pertes les privent de toute possibilité de survie dans les campagnes.

La Namibie a adopté une législation avec en particulier une loi sur la réforme des terres communales et un nouveau régime matrimonial qui garantissent aux femmes une égalité des droits.

Dans de nombreuses régions cependant, la coutume prévaut et donne aux chefs traditionnels le pouvoir de légiférer sur les questions foncières.

"La loi sur les terres communales stipule que la terre allouée revient au chef ou à l'autorité traditionnelle si une personne meurt", a précisé à l'AFP Norman Tjombe du Centre d'aide judiciaire. Mais, ajoute-t-il, "le chef ou l'autorité traditionnelle doit restituer (ce) droit au conjoint survivant ou à l'enfant de la personne décédée".

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