YAOUNDE, 15 fév (AFP) - Le président d'une organisation non gouvernementale (ONG) américaine à l'origine d'un essai controversé de traitement anti-sida au Cameroun a démenti mardi dans la presse les accusations de "dysfonctionnements" portées contre cette expérimentation.
"Nous ne faisons pas d'expériences sur des femmes, nous n'injectons pas le virus du sida aux participantes et celles-ci ne sont pas livrées à elles-mêmes question santé", a soutenu le président de l'ONG Family Health International, Ward Cates, dans un entretien accordé au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune.
Il est nécessaire de "corriger les rumeurs qui ont entouré l'expérimentation du Tenofovir au Cameroun et qui sont fausses", a ajouté M. Cates, qui a rencontré lundi à Yaoundé le ministre camerounais de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono. "L'expérience menée à Douala n'a rien de dangereux", a-t-il encore indiqué.
Le gouvernement de Yaoundé a suspendu le 3 février dernier un essai clinique mené sur un groupe de 400 prostituées de la capitale économique camerounaise Douala pour déterminer si un médicament anti-rétroviral, le Tenofovir, commercialisé sous le nom de Viread, par le laboratoire américain Gilead, était susceptible de prévenir l'infection par le virus VIH.
Les autorités ont justifié cette décision "en raison de manquements et de dysfonctionnements" dans "les conditions pratiques d'exécution" de l'essai, parrainé par la fondation Bill et Melinda Gates.
Des militants français de l'association Act-Up avaient manifesté en janvier à Paris devant l'ambassade du Cameroun à Paris pour demander la suspension de l'essai, dont les conditions allaient selon eux "à l'encontre des règles éthiques", dénonçant notamment l'existence d'un groupe placebo.
Entre autres reproches, Act-Up a accusé le laboratoire américain Gilead, fabricant du Tenofovir, d'avoir choisi de mener son expérimentation sur des prostituées africaines pour des raisons économiques et a déploré l'absence d'un programme de prévention et d'une prise en charge thérapeutique pour les sujets contaminés par le virus.
En plus de l'audit commandé par le gouvernement, l'ordre national des médecins du Cameroun a également mis sur pied une équipe pour examiner les conditions et la crédibilité de cet essai.
Le président de l'ONG Family Health International a assuré mardi avoir eu avec les autorités camerounaises des "échanges fructueux" et assuré que de "grands progrès" avaient été réalisés dans le dossier. M. Cates n'a toutefois pas indiqué si l'essai suspendu allait reprendre.
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