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Au Canada, certains toxicomanes pourront obtenir de l'héroïne sur ordonnance

Agence France-Presse - février 8, 2005
Deborah Jones
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VANCOUVER (Canada), 8 fév (AFP) - Une clinique de Vancouver (Canada), qui ouvre ses portes mercredi, va pouvoir prescrire de l'héroïne à certains toxicomanes, à titre expérimental, en dépit de l'opposition des Etats-Unis voisins qui ont vainement tenté d'empêcher l'ouverture de l'établissement.

L'expérience d'un an, la première du genre en Amérique du nord, porte sur la prescription d'héroïne à certains toxicomanes qui ne parviennent pas à sortir du cycle infernal drogue-dépendance-délinquance-crime.

Alors que plusieurs pays européens, Suisse et Pays-Bas notamment ont déjà mené des expériences du même type, l'opposition de l'administration américaine à ce programme l'a rendu particulièrement controversé.

Des responsables de l'agence spécialisée dans la lutte anti-drogue de la Maison Blanche l'ont qualifié de contraire à l'éthique en estimant qu'il s'agissait d'une "expérience médicale inhumaine".

Les soutiens du projet font de leur côté valoir que cette clinique aidera les drogués les plus dépendants à sortir de la délinquance.

"Obtenir le droit de prescrire de l'héroïne à titre expérimental est une énorme victoire" dit Ann Livingston, membre d'une association d'usagers de la drogue à Vancouver. "Ma surprise est que nous soyons parvenus à passer outre l'opposition" (des autorités américaines) ajoute-t-elle.

"C'est une très bonne idée" renchérit Dianne Tobin, qui finance sa dose quotidienne d'héroïne depuis 30 ans, en recourant à la prostitution, au vol et au trafic de drogues.

Tobin, 54 ans, espère être l'un des 158 drogués choisis pour participer à l'expérience, baptisée NAOMI (North American Opiate Medications Initiatives).

L'étude scientifique est conçue pour tenter de déterminer si l'héroïne sur prescription peut aider à réduire le nombre d'overdoses, faire baisser la délinquance induite, ainsi que les infections par HIV ou hépatite. But secondaire: tenter de trouver si cela aiderait les héroïnomanes à se sevrer.

L'expérience canadienne est destinée à des héroïnomanes avérés âgés au moins de 25 ans, qui se droguent depuis au moins cinq ans. Pour être pris en compte, les participants doivent avoir essayé au moins deux fois sans succès de quitter l'héroïne avec des programmes de substitution à base de méthadone.

Selon le directeur de l'équipe de recherche, le docteur Martin Schechter, spécialisé dans le virus HIV du sida à l'université de British Columbia, 88 participants recevront trois fois par jour une dose d'héroïne alors que 70 autres prendront de la méthadone. Ils seront tous suivis sur le plan médical et psychologique.

En Europe, des expériences du même type ont été menées depuis le milieu des années 90, notamment en Suisse et aux Pays-Bas. L'Allemagne et l'Espagne ont des programmes similaires et un autre est prévu en Grande-Bretagne, a souligné le docteur Schechter.

La clinique de Vancouver, située dans le quartier est du centre-ville, sillonné en permanence par environ 5.000 héroïnomanes, est l'une des trois qui sont prévues au Canada. Une doit ouvrir à Montreal et l'autre à Toronto. Un projet d'ouverture de cliniques du même type aux Etats-Unis a été abandonné.

L'expérience qui a reçu l'approbation du comité d'éthique canadien, reçoit 8,1 millions (6,48 millions de dollars US) d'aide publique.

Selon M. Schechter, il serait contraire à l'éthique de ne pas essayer de traiter les toxicomanes les plus accrochés et pour lesquels les autres méthodes n'ont pas marché. Le législateur canadien devra décider après l'expérience s'il faut la poursuivre ou pas.

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