HONG KONG, 1er déc (AFP) - Défilés et promesses d'action ont marqué mercredi la Journée mondiale contre le sida en Asie, où l'épidémie s'annonce comme une véritable bombe à retardement.
Entre 2002 et 2004, les infections ont bondi de moitié en Extrême Orient, qui compte déjà environ 1,1 million de porteurs du VIH. Cette poussée est largement imputable aux épidémies croissantes en Chine, en Indonésie et au Vietnam, selon l'Onusida.
"La Chine peut encore agir sur l'évolution de l'épidémie, mais cela demande qu'elle le fasse rapidement et résolument", insistait récemment un rapport de l'organisation.
Comme pour répondre à cet appel, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a appelé mercredi à des "efforts constants" dans la lutte contre le sida et reconnu que la situation de la Chine face à la pandémie était "critique".
Dans un message rapporté par l'agence Chine nouvelle, M. Wen a noté des "progrès évidents" mais déclaré qu'il "fallait constater avec lucidité que la situation en matière de prévention du sida est critique".
Mardi, le président Hu Jintao a rendu visite à des malades traités à l'hôpital You'an de Pékin et lancé un appel contre la stigmatisation des personnes contaminées.
Le même jour, le directeur d'Onusida, Peter Piot, a mis en garde à Washington contre l'explosion des infections en Chine, en Inde et en Russie, qui pourrait menacer la stabilité de l'économie mondiale.
La Chine compte officiellement 840.000 séropositifs, selon une estimation datant de 2003, mais la réalité pourrait être beaucoup plus grave, selon les experts.
La journée mondiale de mercredi était placée sous le signe de la féminisation grandissante de l'épidémie, les femmes représentant désormais près de la moitié des 37,2 millions d'adultes de 15 à 49 ans vivant avec le virus dans le monde.
Là encore, l'Extrême Orient porte le plus lourd fardeau. Depuis deux ans, c'est là que le nombre de femmes porteuses du virus a le plus progressé (+56%), selon l'Onusida.
Taïwan, où le nombre de porteuses du virus a doublé depuis 2003, lancera samedi une campagne visant à sensibiliser les femmes à l'épidémie.
Un défilé d'un millier de personnes a été organisé à Bangkok, en Thaïlande, où 60 à 70% des nouvelles infections parmi les 15-24 ans touchent les femmes, selon le coordonateur de l'Onusida dans le pays, Patrick Brenny.
"Les hommes cherchent des filles plus jeunes qu'ils estiment moins touchées par le sida. Les maris transmettent de plus le virus à leurs femmes ou partenaires", rappelle M. Brenny.
Le problème est le même aux Philippines, selon le gouvernement, qui pointe du doigt les époux infidèles communiquant le virus à leur femme. Dans l'archipel, le nombre de nouvelles infections a doublé, de cent à deux cents par an, selon une étude officielle close en octobre.
En Inde, pays à la plus grande population de séropositifs au monde (après l'Afrique du Sud), une marche a été organisée en présence d'écoliers, d'anciens drogués et de personnels de santé dans le nord-est de l'Inde, non loin du "Triangle d'Or" (Laos, Birmanie et Thaïlande), réputé pour sa production d'héroïne, drogue intraveineuse réputée responsable de nombreuses infections. "Nous devons réunir les âmes et les coeurs pour lutter contre ce fléau mortel", a déclaré le ministre de la Santé de l'Etat d'Assam (nord), Bhumidhar Barman.
Le sida semble cependant être loin des préoccupations du moment en Asie. Une enquête des sociétés TNS et Gallup a montré que seuls 11% des habitants de neuf pays d'Asie considéraient l'épidémie comme un souci majeur, loin derrière le cancer (53%).
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