PARIS, 30 nov 2004 (AFP) - Plus de vingt ans après, l'épidémie mondiale du sida s'est dangereusement féminisée, tandis que les possibilités actuelles d'accès au traitement représentent une goutte d'eau par rapport au flot grandissant des malades des pays pauvres.
Désormais, près de la moitié des adultes séropositifs ou malade du sida de la planète sont des femmes (soit 17,6 millions), pointe le rapport annuel de l'Onusida, le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida.
La Journée mondiale contre le sida du 1er décembre, sur le thème "Femmes et filles, face au VIH et au sida", a un slogan invitant à prêter attention à celles qui se retrouvent trop souvent invitées à la discrétion et à la soumission : "Allez-vous enfin m'écouter ?".
Alors que l'on dénombre en 2004 près de quarante millions d'individus séropositifs ou malades du sida, la catastrophe planétaire, qui se propage au rythme d'une contamination toutes les six secondes, touche de plus en plus les femmes.
Ces deux dernières années, le nombre de femmes porteuses du virus a augmenté dans chacune des régions du monde, les plus fortes progressions étant relevées en Asie de l'Est (56%), en grande partie due à la Chine, et en Europe de l'Est (48%), principalement imputable à la Russie et l'Ukraine.
En Afrique, elles représentent près de 60% des adultes séropositifs ou au stade avancé de la maladie, soit 13,3 millions. Pire, les trois quarts (76%) des jeunes Africains de 15-24 ans infectés sont des filles.
Pour l'Onusida, on ne gagnera pas la bataille contre le sida, "si on ne met pas les femmes au coeur de la riposte" car elles souffrent d'"un manque chronique de pouvoir". Il s'agit donc de lutter contre les discriminations dont elles sont trop souvent victimes et qui les empêchent d'accéder à l'éducation, aux soins et à l'emploi.
Dans nombre de pays, il leur est difficile de refuser des rapports sexuels à risque ou d'exiger le préservatif.
"La violence à l'encontre des femmes est un phénomène largement répandu", rappelle l'OMS : "entre un cinquième et un tiers des femmes dans le monde ont subi au cours de leur existence des sévices physiques ou sexuels de la part de leur partenaire".
Des études effectuées en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Rwanda font apparaître un risque de contamination par le VIH trois fois plus important chez les femmes victimes d'actes de violence que chez les autres, note l'OMS.
Selon l'Onusida, une moyennne de 37,2 millions d'adultes de 15 à 49 ans (dans une fourchette allant de 33,8 à 41,7 millions) et plus de deux millions d'enfants vivent avec le VIH/sida.
Le sida a fait en 2004 plus de trois millions de morts, et entrainé au total plus de 23 millions de décès.
Seulement quelque 440.000 patients des pays à faible et moyen revenu étaient sous médicaments antirétroviraux en juin dernier. Un taux qui, s'il se maintient, signifie que "5 à 6 millions de personnes mourront du sida au cours des deux prochaines années", souligne l'Onusida.
En Russie, où sévit une "épidémie galopante", plus d'un tiers des habitants infectés sont des femmes en 2003, contre moins d'un quart un an auparavant.
En Asie, de plus en plus de femmes contractent le virus parce que les maris fréquentent des prostituées, sans mettre de préservatifs.
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