PEKIN, 30 nov (AFP) - Malgré la volonté politique affichée d'enrayer la progression du sida en Chine, les efforts sur le terrain restent insuffisants, que ce soit au niveau de la prévention ou de l'accès aux soins, selon des victimes et des responsables de la lutte contre la pandémie.
"Il faut aujourd'hui passer de la décision politique à l'action et de projets pilotes à une montée en puissance", déclare Zhao Pengfei, expert sur le sida de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) basé à Pékin.
"Il y a une prise de conscience politique, mais la bataille est aujourd'hui au niveau de la mise en oeuvre", estime de son côté Yves Marchandy, chef de mission de Médecins Sans Frontières dans la région du Guangxi (sud).
De graves problèmes subsistent. "La maladie continue à se répandre à cause des ventes de sang", selon Gao Yaojie, lauréat en 2001 du Prix de la santé et des droits de l'homme Jonathan Mann pour sa contribution à la prévention du sida.
"Des ventes de sang se font encore ouvertement", affirme le médecin de 77 ans qui s'est rendu mi-novembre dans plusieurs districts de l'ouest de la province orientale Shandong.
A Yuncheng et à Shenxian, "ils prélevaient 800 ml de sang et réinjectaient 400 ml après prélèvement du plasma, contre une rémunération de 80 yuans (9,6 dollars)", déclare Mme Gao qui fustige "les soutiens au sein du gouvernement" de ceux qui font ce commerce, qui a provoqué la contamination de dizaines ou de centaines de milliers de paysans dans la province voisine du Henan.
Le gouvernement parviendra néanmoins à endiguer progressivement cette voie de contamination, selon Christian Voumard, représentant de l'UNICEF et président du groupe de travail des Nations Unies sur le sida en Chine, grâce à "de nouvelles mesures ayant été prises pour rendre les dons de sang plus sûrs".
La contamination par les drogues injectables est selon lui plus préoccupante, à cause de la conjonction d'une demande croissante et d'une offre abondante, liée notamment à la porosité de frontière sino-birmane, d'où provient la majorité de l'héroïne écoulée sur le marché chinois.
Officiellement, la Chine compte plus d'un million de drogués, dont trois-quarts d'héroïnomanes.
De plus, "le groupe des prostituées doit encore être mieux étudié" alors que "l'utilisation des préservatifs reste faible", selon M. Voumard, qui ajoute que le groupe des homosexuels masculins est également mal connu.
La stigmatisation persistante des porteurs de la maladie est un autre frein à une prévention efficace, tout comme l'absence d'accès pour la très grande majorité des malades aux médicaments antirétroviraux (ARV), qui permettent de vivre avec le sida.
"On reçoit les patients tard, souvent surinfectés avec d'autres pathologies, en particulier la tuberculose. Ca coûte donc beaucoup plus cher", explique Yves Marchandy., qui souligne le problème du suivi des malades, même quand les médicaments sont là.
Dans le Guangxi, qui avec plus de 10.000 séropostifs dépistés est la troisième région de Chine pour le nombre des contaminations, certains responsables sont très actifs et jouent la transparence, même si d'autres parlent encore "de placer les malades en camp de rééducation", selon le Dr Marchandy.
Suite à un accord signé cet été entre le gouvernement chinois et le géant de la pharmacie GlaxoSmithKline, 250 malades vont recevoir des ARV d'ici un an dans cette région, en plus de 143 traités par MSF.
Aucun traitement n'est en revanche en vue pour les enfants atteints par le sida, les formulations pédiatriques des ARV restant introuvables en Chine pour des raisons commerciales, dénoncent MSF et l'UNICEF.
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