PARIS, 28 nov 2004 (AFP) - Un essai de vaccin thérapeutique sur des patients séropositifs a fait la preuve de son efficacité sur près de la moitié d'entre eux jusqu'à un an après son injection, selon les premiers résultats prometteurs d'une équipe française, publiés en ligne dimanche par la revue américaine Nature Medicine (groupe Nature).
Il s'agit d'un traitement vaccinal s'adressant à des personnes infectées par le virus du sida (VIH) et non d'un vaccin préventif pour empêcher l'infection des séronégatifs. Le traitement s'apparente à la thérapie cellulaire individuelle explorée en cancérologie.
La préparation vaccinale a été élaborée par le professeur Jean-Marie Andrieu, 62 ans, cancérologue à l'hôpital européen Georges-Pompidou et le chercheur franco-chinois Louis Wei Lu, 42 ans, du Centre universitaire des Saints-Pères, université Paris V.
Ce traitement à la carte est fabriqué individuellement à partir de cellules et de virus prélevés dans le sang de chacun des volontaires ayant participé à l'essai qui s'est déroulé au Brésil.
La préparation vaccinale est constituée d'une variété de cellules du système de défense immunitaire, appelées cellules dendritiques, et de virus inactivés chimiquement, donc tués.
De septembre 2002 à janvier 2003, 18 patients, infectés par le VIH et sans traitement antiviral, ont été vaccinés.
La quantité de virus dans le sang ("charge virale") des patients, dont aucun n'a été traité par antirétroviraux (trithérapies), a commencé à diminuer après les injections sous-cutanées (trois à 15 jours d'intervalle). Chez huit patients, cette réduction du virus dans le sang s'est maintenue jusqu'à un an après la vaccination.
Quatre mois après la première injection, la charge virale avait diminué de 80% et le taux de lymphocytes CD4, cible privilégiée du virus, des patients avait augmenté. Un an après le vaccin, 8 patients conservaient une concentration de virus diminuée "de plus de 90%, et chez 4 d'entre eux la concentration virale était devenue inférieure à 1.000 particules/ml, les rendant de ce fait en principe non contaminants", relève le Pr Andrieu.
L'étude doit cependant être confirmée par un essai comparatif (sujets vaccinés et non vaccinés), de plus grande ampleur.
Les "bons répondeurs" sont ceux dont le taux de CD4 dépassait les 450, indique à l'AFP le cancérologue.
doper les défenses du corps
Les cellules dendritiques jouent un rôle déterminant dans le déclenchement de la riposte du système de défense immunitaire. Mais, au cours de l'infection par le VIH, elles semblent paralysées et incapables de stimuler la formation de bataillons de cellules tueuses.
Les chercheurs ont trouvé un moyen de doper les défenses du corps en "réveillant" ces cellules dendritiques pour déclencher la production de cellules tueuses. Ces dernières se mettent alors à éliminer les cellules infectées dont se sert le virus pour se multiplier.
En raison de sa complexité, ce traitement, qui pourrait comprendre des injections de rappel, ne peut s'appliquer, tel quel, qu'à un petit nombre de patients.
Les chercheurs espèrent donc pouvoir le simplifier, avec l'aide de l'industrie pharmaceutique, tout en l'améliorant, et en se servant d'un "virus collectif (de type B présent en Europe, aux Etats-Unis et au Brésil), en vue d'une utilisation de routine avant 2008", dans des centres spécialisés sur davantage de malades.
Ils ambitionnent par ailleurs de confectionner un prototype de 2e génération, un "vaccin thérapeutique universel ne comportant plus aucun composant (ni cellules ni virus) provenant de patients".
Les brevets couvrant ces travaux, détenus par Paris V, ont été vendus à la société Biovaxim (Londres), dont chacun des deux chercheurs détient 10%. Les fonds (3 millions de dollars) d'un mécène russe, Dimitri Skigin, décédé à 47 ans en 2003, ont contribué à financer ces recherches lancées en 2000.
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