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L'indien Cipla défend son cocktail antisida pour l'instant réservé aux pauvres

Agence France-Presse - novembre 28, 2004
Roland de Courson

PARIS, 28 nov (AFP) - Bloqué dans les pays riches, un "cocktail" antisida inventé par Cipla permet déjà, dans 43 pays du sud, un traitement plus simple et beaucoup moins cher de la maladie, plaide le PDG du fabricant indien de médicaments génériques, Yusuf K. Hamied, dans un entretien avec l'AFP.

Basé à Bombay, Cipla est un des plus gros "génériqueurs" mondiaux avec 445 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2003. Il est aussi le premier à avoir commercialisé des copies bon marché de médicaments contre le sida en lançant en 1993 en Inde la première version générique de l'AZT.

En 2001, ce laboratoire a lancé au niveau mondial le Triomune, une combinaison en un seul comprimé de trois antirétroviraux (ARV) que les malades devaient jusqu'alors acheter et prendre séparément.

Ce nouveau traitement, fabriqué à base de versions génériques des trois ARV concernés, a vu son efficacité confirmée en juillet 2004 par la revue médicale britannique The Lancet. Il est vendu dans 43 pays du Sud encourageant les médicaments génériques, notamment en Amérique Latine et en Afrique.

Mais ce "cocktail" antisida, de même que les versions génériques des ARV déjà distribuées par Cipla dans 90 pays pauvres, reste inaccessible aux malades dans les pays riches, où les brevets protègent pour plusieurs années encore les antirétroviraux de marque. Ceux-ci sont en outre conçus par des multinationales différentes et concurrentes, qui ont peu de chances de s'entendre pour mélanger leurs produits au sein d'un "cocktail" collectif.

"Je ne peux pas encore exporter le Triomune en Europe parce que les brevets des trithérapies n'y expirent qu'en 2011. C'est un paradoxe, mais aujourd'hui les malades des pays en développement peuvent avoir accès à des traitements beaucoup plus simples que ceux du Nord", fait remarquer le patron de Cipla.

A quoi s'ajoutent les énormes différences de prix. "En 2001, nous avons offert au monde notre cocktail pour 600 dollars par an et par patient. Aujourd'hui, le même est vendu 150 dollars. Aux Etats-Unis, les produits des multinationales peuvent coûter 20 à 30 fois plus cher. C'est à chaque pays de décider s'il veut de nos médicaments ou non. Je ne force la main à personne", explique le Dr Hamied pour résumer sa politique commerciale.

Selon lui, aucun doute n'est permis quant à la qualité des médicaments génériques, contrairement à ce que laissent parfois entendre les grands laboratoires, qui voient leurs produits les plus rentables copiés et vendus à prix cassés par Cipla et ses confrères génériqueurs.

"Nos sociétés sont inspectées et approuvées par toutes les agences internationales que l'on peut imaginer. Que ceux qui soutiennent que nos produits ne sont pas aussi bons que les originaux le prouvent", lance-t-il.

Cipla distribue par ailleurs gratuitement un autre médicament contre le sida, le Nevimune, qui empêche la transmission de la mère à l'enfant.

"En Afrique, 600.000 enfants naissent chaque jour, dont 1.600 sont séropositifs. Le Nevimune n'est pas un médicament que l'on doit prendre durant toute sa vie. Une seule prise suffit et ça ne coûte que 0,5 dollar par mère. Comme ce n'est pas très cher, j'en fais cadeau. Une importante quantité passe par l'Eglise catholique, qui distribue le médicament à travers son réseau dans les pays pauvres", explique le Dr Hamied.

"Aujourd'hui, Cipla vend plus de 800 produits. Si je perds de l'argent avec trois ou quatre d'entre eux, qu'est-ce que ça change dans la vie ?" s'exclame le PDG du laboratoire, qui ajoute : "lors des réunions avec mes actionnaires, je leur répète sans arrêt : vous devriez être fiers de participer, à travers Cipla, à une mission humanitaire contre le sida. Ils n'y trouvent rien à redire".

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