PARIS, 28 nov (AFP) - Le sida, avec plus de 3 millions de morts en 2004, et près de quarante millions de personnes infectées, s'affirme comme un fléau toujours plus ravageur qui frappe un nombre croissant de femmes dans le monde.
Cette année, la Journée mondiale contre le sida du 1er décembre leur est dédiée avec pour thème "Femmes et filles, face au VIH et au sida". Son slogan : "Allez-vous enfin m'écouter ?".
Les femmes représentent aujourd'hui près de la moitié des 39,4 millions d'adultes séropositifs ou malades du sida de la planète, selon le rapport annuel de l'Onusida, le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida.
Pour cette organisation, on ne peut espérer contrôler l'épidémie "si on ne met pas les femmes au coeur de la riposte" et si on ne lutte pas contre les discriminations dont elles sont trop souvent victimes et qui les empêchent d'accéder à l'éducation, aux soins et à l'emploi.
Dans nombre de pays, il leur est difficile de refuser des rapports sexuels à risque ou d'exiger le préservatif.
Pour l'Onusida, il faut également empêcher la violence à leur égard et leur assurer l'accès à la propriété et à l'héritage.
"S'il n'y a pas plus de justice et plus d'équité envers les femmes, on ne vaincra pas le sida", a déclaré à l'AFP le Dr Peter Piot, directeur exécutif de l'Onusida.
Ces deux dernières années, le nombre de femmes porteuses du virus a augmenté dans chacune des régions du monde, les plus fortes progressions étant relevées en Asie de l'Est (56%), en grande partie due à la Chine, et en Europe de l'Est (48%) principalement imputable à la Russie et l'Ukraine.
C'est en Afrique subsaharienne, région la plus durement touchée, que la "féminisation" de l'épidémie est la plus frappante. En Afrique, près de 60% des adultes (de 15 à 49 ans) vivant avec le VIH sont des femmes, soit 13,3 millions, et les trois quarts (76%) des jeunes infectés (15 à 24 ans) sont des filles, est-il noté dans le dernier rapport annuel de l'Onusida.
En Russie, où sévit une "épidémie galopante", plus d'un tiers des habitants infectés sont femmes en 2003, contre moins d'un quart un an auparavant.
Outre leur plus grande vulnérabilité biologique (la transmission d'un homme à une femme a deux fois plus de risque de se produire que l'inverse), les femmes souffrent d'"un manque chronique de pouvoir".
Dans le monde, la plupart d'entre elles contractent l'infection à cause des comportements à haut risque de leur partenaire sur lequel elles n'ont pratiquement aucun contrôle.
En Asie, de plus en plus de femmes contractent le virus parce que leur mari fréquente des prostituées, sans mettre de préservatifs. Jusqu'à 10% des hommes ont recours aux professionnelles du sexe, selon une enquête de 2003 dans plusieurs pays asiatiques, relève l'Onusida.
Une étude en Zambie fait apparaître que 11% seulement des femmes estiment être en droit de demander à leur conjoint d'utiliser un préservatif, même lorsqu'il est infidèle et séropositif.
En Inde, une récente enquête auprès des jeunes mariées d'Uttar Pradesh a montré que 71% ignoraient tout de la sexualité quand elles avaient commencé à vivre avec leur mari (toutes avaient été mariées avant la puberté) et 83% ignoraient comment on devient enceinte.
A l'ignorance, s'ajoute la violence ou la coercition accompagnant la première expérience sexuelle pour de nombreuses jeunes filles : par exemple, 24% des jeunes femmes au Pérou disent ainsi avoir eu leur premier rapport sous la contrainte, selon des enquêtes en zones rurales.
En 2004, on compte 5 millions de nouvelles personnes infectées par le VIH dans le monde (dont 650.000 enfants) et 3,1 millions de décès, s'inquiète l'Onusida.
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