PARIS, 26 nov 2004 (AFP) - L'épidémie du sida en France, avec encore près de 6.000 personnes qui découvrent leur séropositivité en un an, et la recrudescence des comportements à risque parmi les jeunes homosexuels, a de quoi rendre "inquiet", selon le ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy.
S'exprimant vendredi soir devant les Etats généraux du sida, M. Douste-Blazy a cependant relevé des "signes encourageants": "chez les usagers de drogues, les infections à VIH ont chuté (avec 2% seulement des nouveaux diagnostics liés à l'usage de drogue injectable)".
Il a par ailleurs annoncé une nouvelle campagne de communication télévisée de prévention et des mesures pour améliorer l'accès aux soins en ville.
D'après les chiffres de l'Institut de veille sanitaire (InVS) publiés vendredi, en un an, "encore près de 6.000 personnes ont découvert leur séropositivité et chaque annonce est toujours aussi dramatique et bouleversante", a souligné M. Douste-Blazy.
"Je suis inquiet car le spectre des années noires réapparaît. L'épidémie est de nouveau totalement incontrôlée chez les homosexuels", a-t-il ajouté, relevant que "les infections liées à un rapport homosexuel représentent 22% des nouveaux diagnostics. Et plus d'une fois sur deux, il s'agit d'une transmission datant de moins de 6 mois."
"Tous les signes sont réunis pour un nouveau départ de l'épidémie", a déclaré à l'AFP Christian Saoult, président de l'association Aides.
S'inquiétant également de la recrudescence des comportements à risque, en particulier chez les jeunes homosexuels de moins de 25 ans, le ministre a indiqué qu'ils se se traduisaient par la réémergence d'infections sexuellement transmissibles (IST) comme la syphilis, qui avaient quasiment disparu.
"Quand on sait que les IST favorisent la transmission du VIH et que plus d'un homosexuel sur 10 est séropositif, on mesure le danger que court un homosexuel qui a des rapports non protégés!", a-t-il insisté.
"Cela peut s'expliquer par la moindre crainte du sida depuis les trithérapies. Peu de jeunes ont vu mourir leur proches", a-t-il remarqué.
La nouvelle campagne télévisée du 30 novembre au 9 décembre (thème : "mieux vaut rester fidèle au préservatif") sera assortie d'une rediffusion de trois films sur les risques de transmission du 9 au 22 décembre.
Une enquête récente de l'Institut national d'études démographiques (Ined) montre que ceux qui vivent avec le VIH depuis de nombreuses années expriment des difficultés et une lassitude à maintenir des comportements de prévention.
Le nombre de places d'appartement de coordination thérapeutique sera augmenté de 25% soit 150 places supplémentaires.
Parmi les autres mesures annoncées destinées à favoriser l'accès aux soins : le remboursement en ville, avant la fin de l'année, de la correction des anomalies des graisses du visage liées aux trithérapies. Devraient également être remboursés en ville début 2005, notamment les tests génotypiques de résistance du VIH, le dosage plasmatique des antirétroviraux.
L'InVS estime à environ 25.000 le nombre de personnes vivant avec le sida maladie fin mars 2004, voire 27.000 si on tient compte de la sous-déclaration par les professionnels de santé. Au total, depuis le début de l'épidémie, 58.411 cas de sida maladie ont été notifiés en France.
Les femmes représentent 43% des nouveaux diagnostics de séropositivité en 2003 et au premier trimestre 2004. Dans 80% des cas, elles ont été contaminées par rapports hétérosexuels. Beaucoup viennent d'Afrique sub-saharienne.
Le pays compterait de 100.000 à 150.000 séropositifs.
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