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Le sida entrave le processus démocratique en Afrique australe

Agence France-Presse - novembre 25, 2004
Jan Hennop

JOHANNESBURG, 25 nov (AFP) - Le sida est en train de miner le processus démocratique en Afrique australe, les nombreux décès entravant le travail des instances élues et obligeant à réorganiser régulièrement des élections, ce qui implique de fortes dépenses, selon un rapport publié jeudi.

Ce rapport de l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud (Idasa) - l'un des premiers sur l'impact de la pandémie en politique - souligne que les pays d'Afrique australe doivent réformer leurs système électoraux pour tenir compte du sida et inclure ce thème dans leurs programmes d'information des électeurs.

"Les résultats (de cette étude) sont que l'impact (du VIH-sida) menace de ruiner le projet démocratique sud-africain", affirme l'Idasa, basé à Pretoria, dans ce rapport de 282 pages.

"Ce n'est pas seulement le cas de l'Afrique du Sud, mais de toute l'Afrique australe", ajoute Kondwani Chirambo, l'un des auteurs de l'étude rendue publique jeudi.

Près des deux tiers des 38 millions de porteurs du VIH dans le monde vivent en Afrique sub-saharienne, selon les chiffres de l'Onusida.

La plupart des pays d'Afrique australe appliquent le système majoritaire à un tour (first past the post, FPTP) ce qui oblige à l'organisation d'un nouveau scrutin en cas de décès de l'élu, en raison de l'absence de suppléant.

Et le sida a aussi des conséquences sur le travail des commissions électorales lorsqu'il touche les plus expérimentés de leurs membres, qui emportent leurs connaissances dans la tombe.

"Dans de nombreux pays dotés du système FPTP, quand un candidat élu démissionne, est radié ou meurt, une nouvelle élection doit être organisée à un coût élevé", explique M. Chirambo.

Le rapport cite l'exemple de la Zambie où un adulte sur cinq est touché par le VIH-sida: en 18 ans, au moins 102 élections ont dû être organisées, dont 59 à la suite de décès par maladie.

Une forte proportion de ces scrutins, 39, ont eu lieu entre 1992 et février 2003, "les années où la pandémie du VIH-sida a atteint un pic en Zambie", qui a dépensé "au moins 200.000 dollars pour chaque élection", selon l'Idasa.

Au Zimbabwe, sur 13 élections organisées depuis 2000, huit l'ont été à la suite du décès d'un parlementaire pour "maladie".

Le sida diminue aussi la capacité d'un pays à organiser des élections correctes, libres et transparentes, ajoute le rapport.

La Commission électorale indépendante d'Afrique du Sud (IEC), qui a supervisé en avril dernier les troisièmes élections générales depuis la fin de l'apartheid en 1994, s'appuie sur les fonctionnaires de l'administration publique durant les scrutins.

"On veut faire appel à des gens qui ont une expérience préalable des élections, mais en cinq ans vous avez 5.000 à 10.000 fonctionnaires qui sont morts de la maladie", poursuit M. Chirambo.

Le rapport ajoute que sur une période de cinq ans à partir de 1998, près de 1,5 million d'électeurs sud-africains ont "disparu des listes électorales suite à leur décès", la plupart à cause du sida.

En outre, souvent victimes de discrimination, de nombreux malades du sida préfèrent ne pas aller aux urnes de crainte d'être la cible de réactions hostiles dans les files d'attente devant les bureaux de vote.

L'Indasa recommande fortement aux pays d'Afrique australe de réformer leurs systèmes électoraux afin de prendre en compte la problématique posée par le VIH-sida dans le remplacement des élus. Il les appelle aussi à assurer une transmission des connaissances des personnes travaillant avec les commissions électorales.

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