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Le sida continue à faire des ravages aux USA, surtout chez les minorités

Agence France-Presse - novembre 30, 2004
Jean-Louis Santini
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WASHINGTON, 30 nov (AFP) - Après huit ans de succès, la guerre contre le sida paraît stagner voire perdre du terrain aux Etats-Unis, surtout parmi les minorités, une situation qui reflète une insuffisance des efforts d'éducation et une attitude générale parfois plus laxiste face aux risques.

Le nombre de nouveaux cas de sida a plongé de près de 50% de 1993 à 2001 avant de progresser de 2% en 2002, selon les dernières statistiques fédérales des centres de contrôle et de prévention des maladies infectieuses (CDC) qui devaient publier mercredi une série de nouveaux chiffres.

Les décès provoqués par la maladie, après avoir plafonné à 52.000 en 1995, ont diminué de 26% en 1996, puis de plus de 30% jusqu'en 2001 sous l'effet des trithérapies avant de connaître un important fléchissement en 2002.

"C'est une tragédie, nous connaissons (l'ampleur) de notre propre épidémie (du sida) aux Etats-Unis et il n'y a pas suffisamment d'argent public consacré à ce problème ni d'effort d'éducation pour une prévention efficace", a estimé Sherry Kaplan, coordinatrice du Center for Positive Connections, un centre privé de services sociaux de Miami (Floride, sud-est).

Cet Etat est un de ceux dont le taux de nouveaux séropositifs est parmi les plus élevés aux Etats-Unis.

"Il y a d'une façon générale une attitude de laisser aller parmi les séropositifs et leur partenaires qui s'explique par l'assurance trompeuse que leur donne les trithérapies", a expliqué à l'AFP Mme Kaplan, 40 ans, précisant être elle-même séropositive depuis l'âge de 23 ans.

"Ils n'utilisent généralement pas de protection avec leurs partenaires sexuels non séropositifs", ce qui contribue à étendre l'infection, a relevé Sherry Kaplan. Parfois, ils en sont parfaitement conscients mais décident malgré tout de prendre le risque.

Selon elle, "un certain nombre de personnes contractent le sida volontairement à Miami pour avoir accès aux aides sociales importantes offertes par l'Etat".

Le Viagra est également un nouveau phénomène qui explique l'accroissement des cas parmi les plus de 55 ans (plus 17%), a aussi observé Sherry Kaplan.

Mais si l'épidémie de sida affecte l'ensemble de la population américaine, elle frappe plus durement les minorités et plus particulièrement les femmes noires, selon les statistiques des CDC.

Plus de 50% des nouveaux cas de sida diagnostiqués aux Etats-Unis au cours des dernières années sont des Noirs, dont 72% des femmes.

"Ce qui m'est arrivé arrive à un grand nombre de femmes, surtout noires aux Etats-Unis", a raconté à l'AFP Rosemary Ramroop, 40 ans, qui a découvert être atteinte du sida après la naissance de son enfant testé séropositif.

Cette résidente de Baltimore (Maryland, est) a expliqué que son ex-mari ne lui avait jamais dit avant leur mariage être séropositif.

Pendant des années, l'effort d'éducation contre le sida portait sur la femme et non sur l'homme qui refuse souvent refuse d'utiliser un préservatif, infectant ses partenaires, a-t-elle dit.

"Les femmes sont plus souvent les victimes", selon Mme Ramroop, coordinatrice de programmes d'aide aux victimes du sida à l'université Hopkins de Baltimore.

Pour le professeur John Barlett, titulaire de la chaire des maladies infectieuses à l'école de médecine John Hopkins, un grand nombre de personnes ne savent pas qu'elle sont porteuses du virus. Sur les quelque 900.000 Américains actuellement infectés, selon les estimations, un tiers ignore être séropositif.

"C'est tragique car ces personnes, qui vont le plus probablement transmettre le virus, ne sont pas ciblées par les programmes de prévention", a-t-il dit dans un entretien avec l'AFP.

La solution serait de tester plus largement la population mais ce simple moyen de prévention se heurte à des obstacles légaux. Il faut l'accord d'une personne pour qu'un test soit effectué, a-t-il expliqué, et souvent elles refusent.

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