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Une explosion du sida hypothèque la réussite de l'Estonie

Agence France-Presse - novembre 30, 2004
Anneli Reigas
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TALLINN, 30 nov (AFP) - Le développement de l'Estonie, pays de 1,4 million d'habitants parmi les plus dynamiques des dix nouveaux membres de l'Union européenne, est handicapé par la hausse du taux du sida, parmi les plus rapides d'Europe, estiment des experts.

"Fin novembre, 4.356 personnes étaient déclarées séropositives en Estonie", a indiqué à l'AFP, Kristi Rüütel, expert du sida de l'Institut national de la Santé.

Plusieurs événements sont organisés cette semaine à travers le pays pour familiariser les Estoniens avec les questions liées au sida, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, mercredi.

A Tallinn, la comédie musicale rock "Rent", inspirée de "La Bohême" de Puccini et qui parle de drogue, homosexualité et sida, sera montée dans le cadre de la lutte contre le sida au Club Hollywood, une boîte de nuit très à la mode de la capitale estonienne.

Le 1er décembre, un concert intitulé "Ouvre les yeux", organisé sous le patronage du Premier ministre Juahan Parts, sera donné dans une église, Kaarli, de Tallinn.

Soulignant la situation difficile dans la lutte contre le sida, le ministre des Affaires sociales, Marko Pomerants, a demandé au gouvernement de renoncer à baisser les impôts pour attribuer davantage de fonds à la prévention et l'aide aux personnes atteintes du virus.

Le nombre de malades du sida ne dépasse pas la centaine aujourd'hui en Estonie, mais le ministre s'attend à un millier d'ici trois ans.

Jusqu'aux années 1990, le pays a été relativement épargné, avec une centaine de séropositifs recensés.

Mais à l'automne 2000, une hausse rapide a été enregistrée parmi les toxicomanes de Narva, ville située à la frontière russe. Rapidement, les contaminations se sont propagées aux alentours, puis vers la capitale à 250 km à l'ouest.

"Des 657 nouvelles infections du sida enregistrées cette année, 39% l'ont été à Tallinn et 57% dans le Nord-Est", a indiqué M. Rüütel.

Selon les experts, le nombre réel des séropositifs en Estonie est probablement plus élevé, certains estimant qu'en réalité leur nombre dépasse déjà 10.000.

Un rapport de l'ONU cette année avertissait qu'en Estonie, en Russie et en Ukraine la progression des taux d'infection du virus VIH était parmi les plus rapides au monde et que cette évolution risquait de ralentir dramatiquement leur reprise économique.

En Estonie, la propagation du virus est fortement liée à la consommation de drogues par injection.

L'expert le plus réputé en la matière en Estonie, Nelli Kalikov, estime que près de 98% des consommateurs d'héroïne par injection dans les années 1997-1998 étaient des Russes, alors qu'actuellement les Estoniens de souche en représentent entre 15% et 20%.

Une ONG, Convictus, a récemment publié un livre en trois langues - estonien, russe et anglais - sur 11 cas de sida. Expliquant comment des milliers de personnes se sont retrouvées séropositives durant les dernières quatre années, elle espère faire bouger avec cette publication.

"Si mon histoire aide à sauver au moins une vie, je serai heureuse", dit Svetlana, 28 ans. Elle et son mari Aleksander étaient héroïnomanes lorsqu'ils ont été infectés.

Mais pour Jarno Habicht, responsable de l'Organisation Mondiale de la Santé en Estonie, il ne s'agit plus d'une épidémie touchant uniquement les toxicomanes. Son développement rapide atteint désormais des personnes hétérosexuelles, dont nombre ignorent comment se protéger.

L'Estonie doit améliorer sa politique d'information et de prévention avec un programme à long terme, insiste l'expert de l'OMS.

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