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Au Malawi, face au désespoir du sida, les "remèdes miracles" fleurissent

Agence France-Presse - novembre 30, 2004
Felix Mponda
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BLANTYRE, 30 nov (AFP) - Pearson Kamanga a arrêté de prendre des anti-rétroviraux (ARV) il y a quatre mois lorsqu'il a entendu parler des vertus du "Chambe", une boisson à base d'herbes des montagnes du Malawi vendue par un guérisseur qui affirme qu'elle permet de vaincre le sida.

"Regardez-moi. J'ai l'air en bonne santé. J'ai bu trois bouteilles et cela guérit vraiment", explique-t-il chez lui, dans l'immense township de Ndirande, à quelques kilomètres du centre de Blantyre, capitale économique de ce petit pays pauvre d'Afrique australe.

Kamanga raconte qu'il n'a pas hésité une seconde à abandonner les ARV qu'il prenaient depuis deux ans et à débourser 15.000 kwachas (150 dollars US) pour acquérir trois bouteilles d'un demi-litre de "Chambe" auprès George Kumbuyo.

"Mon médicament fait disparaître le virus du sida", explique à l'AFP Kumbuyo, 68 ans, depuis son bureau à Blantyre.

"Je veux sauver des vies. Une vingtaine de personnes qui étaient séropositives et l'ont utilisé sont devenues séronégatives", assure-t-il, précisant que le "Chambe" permet aussi de soigner le cancer.

Des publicités pour des traitements contre le sida ont fleuri au Malawi où la pandémie fait environ 85.000 morts par an (sur une population total de onze millions d'habitants).

A quelques pas du centre de Blantyre, Steven Kalaya a installé une tente de fortune sur laquelle il a accroché un écriteau en carton "Dr VIH et sida".

"Le gouvernement ment quand il dit qu'il n'existe aucun médicament contre le sida. J'ai un médicament qui soigne le sida", affirme-t-il dans son local plein de bocaux remplis d'herbes.

"Tout ce que nous demandons c'est que le gouvernement nous laisse soigner les Malawites qui souffrent du sida. Nous ne pouvons laisser autant de personnes mourir tous les ans alors que nous avons un remède contre la maladie", explique-t-il.

De telles affirmations provoquent la colère du gouvernement.

"Pour nous c'est clair, il n'existe pas de médicament contre le sida", affirme Richard Pendame, cadre au sein du ministère de la Santé.

"Les gens prennent du Chambe ou d'autres remèdes à leurs risques et périls", poursuit-il.

Selon Rex Mpazanje, responsable des Centres de traitement au sein du ministère, l'augmentation du nombre de "charlatans qui affirment pouvoir guérir le VIH-sida" est le signe d'un "désespoir" croissant parmi les personnes touchées par la pandémie.

Seules 9.000 personnes bénéficient actuellement du programme de distribution gratuite d'ARV, lancé en mai par le gouvernement.

"Ils sont prêts à tout essayer dans l'espoir de guérir", explique-t-il.

Les jours de ces vendeurs de "potions magiques" pourraient cependant être comptés. Le gouvernement travaille sur un projet de loi visant à interdire tout charlatanisme et encadrer plus strictement l'activité des quelques 30.000 guérisseurs traditionnels du pays.

Le texte, qui devrait être voté en 2005, stipule qu'aucun guérisseur traditionnel n'aura le droit d'exercer sans avoir été préalablement enregistré auprès d'un Conseil.

Il a été rédigé par le ministère de la Santé, l'Association des guérisseurs traditionnels du Malawi et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Selon des statistiques officielles, il y a 700.000 orphelins du sida actuellement au Malawi, sur une population totale de 11 millions d'habitants.

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