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Une reine peu conventionnelle dans la bataille contre le sida au Swaziland

Agence France-Presse - novembre 30, 2004
Fienie Grobler
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NKOYOYO PALACE (Swaziland), 30 nov (AFP) - Sibonelo Mngomezulu, reine du Swaziland, pays le plus touché au monde par le sida, s'est impliquée dans la lutte contre la pandémie avec autant de passion qu'elle se bat pour aider les femmes à se libérer de leur soumission aux hommes.

Mariée depuis près de 20 ans au roi polygame Mswati III, dernier monarque absolu d'Afrique, la première reine a fait fi des convenances, menant à bien des études de droit, critiquant ouvertement la polygamie, produisant son propre programme télévisé et organisant des opérations caritatives en faveur des malades du sida.

"C'était inouï et même considéré comme un peu inconvenant", dit-elle de la première opération menée en 1992.

"Mais j'étais déterminée et tout le monde a fini par s'y faire. C'est la même chose à chaque fois que j'entreprends quelque chose. Cela suscite d'abord le mépris, puis les gens suivent", a-t-elle déclaré lors d'un entretien avec l'AFP dans son palais de Nkoyoyo, à l'extérieur de Mbabane.

Egalement connue sous son nom clanique Inkhosikati LaMbikiza, ou reine LaMbikiza, elle dirige deux associations: Lusito ("aide", en langue siSwati) qui finance la scolarité d'orphelins du sida, et Tisite ("aide toi toi-même") qui soutient le personnel médical.

"J'ai vu tant de souffrances parmi les enfants. J'ai pensé que nous devrions essayer de trouver un moyen de les aider", ajoute-t-elle.

Assise près du portrait grandeur nature du roi en costume traditionnel, Mngomezulu, 35 ans, offre un contraste de modernité.

Vêtue d'une robe chiffon et de sandales à talon rouges, les ongles vernis, la reine estime que la condition des femmes, traitées en citoyens de seconde zone au Swaziland, "peut être l'une des raisons" de l'expansion du VIH-sida dans ce pays enclavé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique.

Mais elle se bat pour que les choses changent.

"Nous avons obtenu l'élaboration d'une nouvelle Constitution qui prône l'égalité des droits. Nous avons fait beaucoup de bruit pour cela, cela ne s'est pas fait tout seul", explique-t-elle.

"Bientôt il ne sera plus légal de maintenir une femme en position de soumission. Cela reste encore à mettre en pratique, mais une femme pourra s'assurer que ses droits soient respectés", ajoute-t-elle.

Mngomezulu, qui a été choisie comme première des 11 épouses du roi alors qu'elle n'était qu'une adolescente, affirme que les femmes doivent prendre leurs responsabilités. "Quand les femmes sont trop timides pour dire non, l'homme fait ce qu'il veut", dénonce-t-elle.

Cet avis est partagé par les professionnels de la santé au Swaziland, où 38,8% des 1,1 million d'habitants sont affectés par le VIH-sida, selon les chiffres d'Onusida.

Environ 20.000 personnes sont contaminées chaque année par le virus et quelque 17.000 en sont mortes en 2003, alors que 65.000 enfants sont orphelins, un chiffre qui risque de doubler d'ici 2010.

"Nous sommes en grande difficulté et nous ne percevons pas d'amélioration prochaine", a déclaré à l'AFP le directeur national de la lutte contre le sida, Derek von Wissell.

Dans l'est, région la plus touchée, le personnel médical estime que la soumission des femmes favorise l'expansion de la pandémie car elles ne sont pas en mesure de refuser des relations sexuelles.

Une infirmière, Anna-Maria Dlamini, cite l'exemple d'une femme séropositive de 41 ans qui s'est retrouvée enceinte pour n'avoir pas oser demander à son mari d'utiliser des préservatifs et qui ne peut à présent alimenter correctement son bébé de six semaines.

"Au Swaziland, il y a une expression: +Yewela make+. C'est ce qu'un homme dit quand il veut avoir des rapports sexuels. Cela signifie: +Je suis prêt, viens ici+ et il ne se préoccupe pas si la femme est d'accord. C'est l'homme qui a le dernier mot", explique l'infirmière.

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