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Festus Mogae: "aujourd'hui, partout au Botswana, on parle du sida"

Agence France-Presse - octobre 26, 2004
Jérôme Cartillier et Carole Landry
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GABORONE, 26 oct (AFP) - Le président du Botswana Festus Mogae s'est félicité dans un entretien à l'AFP que le sida soit devenu un sujet ouvertement abordé dans son pays, salué pour sa stabilité politique et ses performances économiques liées à l'exploitation du diamant, mais fragilisé par la pandémie.

"Aujourd'hui, partout au Botswana, on parle du sida, dans les réunions de prière, dans les meetings politiques, il y a tellement de groupes différents qui en parlent", a expliqué le président Mogae dans cet entretien exclusif, réalisé à Gaborone quatre jours avant les élections générales botswanaises.

Ces neuvièmes élections dans ce pays enclavé d'Afrique australe, qui auront lieu samedi, devraient offrir à Mogae, 65 ans, un deuxième mandat à la tête du pays, la victoire étant une nouvelle fois promise au Parti démocratique du Botswana (BDP), au pouvoir depuis l'indépendance il y a 38 ans.

"L'éducation (sur le sida) fonctionne (...) Cela va dans le bon sens", a expliqué Festus Mogae, qui, depuis son arrivée au pouvoir en 1998, a fait de la lutte contre le sida sa priorité affichée.

Le Botswana, pays semi-désertique de 1,7 million d'habitants, est le deuxième le plus touché au monde par la pandémie derrière le Swaziland. Selon l'Onu, 330.000 personnes étaient porteuses du virus fin 2003, soit environ 37,3% de la population adulte.

Selon le gouvernement, la pandémie a fait chuter l'espérance de vie de 69 à 56 ans.

"La principale difficulté aujourd'hui, c'est le manque de ressources humaines qui fait peser une contrainte supplémentaire sur des services de santé déjà débordés", a souligné Mogae.

"Cela nous a contraint à transférer des ressources auparavant consacrées à l'amélioration de la productivité ou à l'investissement (...) nous dépensons tellement pour lutter contre le sida, nous n'avons pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre", a-t-il expliqué.

Interrogé sur le Zimbabwe voisin, il s'est refusé à tout jugement sur le régime du président Robert Mugabe, mais a accordé un satisfecit à la "diplomatie discrète" du président sud-africain Thabo Mbeki, qui rejette tout isolement du pays, estimant que c'était la seule voix possible.

"Soit nous suivons cette voie, soit nous sommes prêts à envahir le Zimbabwe", a-t-il expliqué. "Le président Mugabe n'accepte aucune (intervention) venue de l'extérieur. Le mieux est donc d'essayer de le persuader", a-t-il ajouté.

L'afflux massif au Botswana de dizaines milliers de Zimbabwéens qui fuient une économie en lambeaux, a provoqué ces derniers mois des tensions entre les deux pays, Harare accusant Gaborone de mauvais traitements à l'égard de ses ressortissants.

Saluant la progression significative de la démocratie en Afrique australe au cours des 20 dernières années, le président botswanais a reconnu sans détours les limites actuelles du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), qui vient de fêter ses trois ans.

"Il n'a rien réussi à ce jour. Il devait promouvoir des projets régionaux intégrés et cela n'a pas été le cas", a-t-il souligné, quelques jours après les commentaires très critiques de son homologue sénégalais Abdoulaye Wade qui a affirmé avoir "des difficultés" à expliquer les réalisations concrètes de ce programme, accueilli avec enthousiasme lors de son lancement.

"Mais nous ne devons pas abandonner", a ajouté le président Mogae, estimant que les valeurs du Nepad étaient, pour une large part, identiques à celles qui avaient guidé le Botswana, "élève modèle" de l'Afrique, depuis l'indépendance.

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