JOHANNESBURG, 15 oct (AFP) - Dans la lutte contre le sida, la politique du président George W. Bush est perçue comme conservatrice et la promesse de son adversaire John Kerry de doubler l'aide américaine est accueillie avec prudence par les ONG spécialisées en Afrique.
"L'administration Bush a été un désastre pour la lutte contre le sida et nous espérons un changement", a déclaré à l'AFP Nathan Geffen, de Treatment Action Campaign (TAC). "Dépenser le double d'argent serait déjà un progrès", a ajouté le porte-parole de cette coalition d'ONG sud-africaines, qui milite pour l'accès aux traitements anti-rétroviraux.
L'Afrique sub-saharienne compte 25 des 38 millions de victimes du VIH-sida sur la planète. Dans sept pays, il "a abaissé l'espérance de vie au dessous de 40 ans", selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
En 2003, Bush avait annoncé un plan d'aide de 15 milliards de dollars sur cinq ans à la lutte contre le VIH-sida, la tuberculose et la malaria, dont 9 mds pour 15 pays comptant plus de la moitié des cas de sida du monde. Douze sont africains: Afrique du Sud, Botswana, Côte d'Ivoire, Ethiopie, Kenya, Mozambique, Namibie, Nigeria, Ouganda, Rwanda, Tanzanie et Zambie.
Mais ce plan n'a démarré qu'en février dernier avec le déblocage d'une tranche de 350 millions. Washington est critiqué aussi pour refuser d'augmenter sa contribution au Fonds mondial de l'ONU et pour privilégier les projets bilatéraux à une lutte globale.
"Nous avions bien accueilli l'annonce des 15 milliards de dollars, mais seulement une partie a été votée et l'administration Bush sape le Fonds mondial en le sous-finançant", a déploré M. Geffen.
Au Gabon, l'association Lumière semble en revanche satisfaite de ce qui a été fait et prudente quant à Kerry, attendant de voir "sur le terrain". "Pour le moment, je crois que Bush a fait beaucoup de choses pour le sida, il est prioritaire par rapport à son adversaire", a déclaré Marguerite Mekontso, présidente de ce groupe d'aide aux orphelins du sida.
Kerry a promis, s'il est élu, de doubler les financements américains, de rouvrir les frontières aux immigrants sidéens et d'assurer une distribution rapide de médicaments génériques efficaces et bon marché. "Nous devons nous engager à mettre tout le poids de la puissance américaine contre les maladies les plus mortelles en Afrique, dont le sida", déclarait-il en juillet.
Il n'a pas précisé par quels moyens, alors que l'administration Bush soulève un tollé en prônant l'abstinence au détriment du préservatif.
Dans un rapport intitulé "Bush doit faire ce qu'il faut en Afrique", l'organisation Human Rights Watch estimait dès 2003 que "les programmes d'abstinence sont hors des réalités avec l'épidémie de sida en Afrique".
En Namibie, The Rainbow Project (TRP) va dans le même sens. "Des gens meurent ici alors que la politique du président Bush contre le sida ne reflète pas la réalité parce qu'il y a trop de fonds américains en faveur de l'abstinence", a déclaré à l'AFP le porte-parole de cette ONG, Ian Swartz.
Mais le coordinateur américain de la lutte contre le sida, Randall Tobias, défend ce plan, arguant qu'il s'inspire d'un programme ougandais encourageant l'abstinence chez les jeunes, la monogamie pour les couples et le préservatif pour les prostituées.
Dans de nombreux pays, les ONG se sont refusées à tout commentaire, certaines invoquant l'aspect "politique" du sujet.
Le Zimbabwe, l'un des plus touchés avec près de 3.000 morts par semaine, n'a reçu ni financement américain, à cause sans doute des déclarations du président Robert Mugabe contre l'impérialisme anglo-saxon, ni du Fonds mondial en raison des "faiblesses techniques" de ses demandes.
Le responsable d'une ONG locale a, sous couvert d'anonymat, résumé la situation: "Le Zimbabwe n'a pas été pris en compte dans le Fonds d'urgence présidentiel (de Bush). Nous n'attendons pas plus de Kerry".
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