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L'Estonie confrontée à une propagation alarmante du Sida

Agence France-Presse - octobre 3, 2004
Anneli Reigas
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TALLINN, 3 oct (AFP) - L'Estonie, petit pays balte de 1,4 million d'habitants, est confrontée depuis quelques années à une propagation alarmante du virus du sida, l'une des plus rapides du monde, et qui risque de ralentir la reprise économique faute d'une prévention suffisante, selon des experts.

Martin, homosexuel de 36 ans, est séropositif depuis douze ans. Il dénonce le climat d'intolérance qui, selon lui, sape les efforts pour contenir l'épidémie dans cette ancienne république soviétique, devenue en mai dernier membre de l'Union européenne.

"Je me tais depuis des années et je n'en parle à personne", dit-il. "Même aujourd'hui, beaucoup pensent ici que c'est seulement une maladie d'homosexuels, de toxicomanes et de prostitués".

Un rapport de l'ONU, publié il y a six mois, avertissait qu'en Estonie, en Russie et en Ukraine, la progression du sida était parmi les plus rapides au monde et risquait de ralentir dramatiquement leur reprise économique.

Fin septembre, on recensait officiellement en Estonie 4.231 séropositifs mais les experts estiment qu'en réalité leur nombre dépasse déjà 10.000.

Selon Ruta Kruuda, directrice de l'institut de recherche Praxis et co-auteur d'un récent rapport sur le sida, "la prévention est loin d'être suffisante".

"Elle est sous-estimée par les décideurs, et le problème risque de peser lourdement sur le budget estonien dans les prochaines années quand des milliers de personnes vont avoir besoin d'un soutien financier pour leur traitement médical", affirme-t-elle.

La majorité des fonds destinés à combattre le sida proviennent des organisations internationales, alors que le gouvernement estonien n'y a finalement consacré cette année que la moitié des fonds promis.

Jusqu'à la fin des années 1990, l'Estonie est demeurée une oasis presque libre du virus HIV, avec seulement une centaine de cas recensés.

La situation a radicalement changé en automne 2000, avec une explosion des contaminations parmi les toxicomanes de Narva, une cité du nord-est proche de la Russie et majoritairement habitée par des russophones.

Le virus s'est rapidement propagé dans les régions voisines et autour de Tallinn, selon l'un des meilleurs experts du Sida en Estonie, Nelli Kalikova.

Elle souligne que dans les années 1997-1998 près de 98% des consommateurs d'héroïne par injection en Estonie étaient des Russes, alors qu'actuellement les Estoniens de souche en représentent entre 15% et 20%.

Toutefois, mettent en garde les experts, même si la propagation du virus est restée jusqu'ici étroitement liée à celle de drogues dures, l'épidémie touche désormais l'ensemble de la population avec notamment une forte progression des cas parmi les jeunes femmes séropositives n'ayant jamais fait usage de drogues.

Chef d'un Centre de prévention contre le Sida financé par l'Etat, Mme Kalikova a régulièrement critiqué ces dernières années l'insuffisance des fonds publics pour la lutte contre la toxicomanie et le sida, s'attirant les foudres du gouvernement.

Le mois dernier, son Centre a été fermé par le ministère des Affaires sociales et ses experts limogés.

Kristi Ruutel, qui coordonne les mesures anti-sida à l'Institut gouvernemental de la Santé, rejette les critiques.

"Parmi nos différentes activités, nous finançons 20 centres d'échange de seringues pour diminuer les risques d'infection parmi les toxicomanes", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"Il n'y a pas que l'Etat que l'on peut blâmer pour les résultats, ajoute-t-elle. Chacun doit prendre ses responsabilités. Après tout, la nuit, dans sa chambre à coucher, on fait un choix personnel si l'on veut ou non se protéger soi-même".

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