ANTANANARIVO, 1er oct (AFP) - A Madagascar, l'utilisation du préservatif masculin reste très faible, malgré d'intenses campagnes de sensibilisation menées depuis plus d'un an, en raison surtout de la position des églises qui condamnent la promotion et l'utilisation du condom.
Seuls 2% des femmes et 4% des hommes malgaches ont déclaré utiliser le préservatif au cours de leurs derniers rapports sexuels, selon une enquête de santé réalisée entre novembre 2003 et mars 2004 par l'Institut national des statistiques malgache, publiée en juillet dernier.
Cette enquête portait sur 7.000 individus qui connaissaient l'existence du VIH/sida et qui ont déjà eu des rapports sexuels.
"Je suis formellement contre l'utilisation du préservatif comme moyen de lutte contre le sida, car cela renforce la liberté sexuelle", a déclaré à l'AFP le pasteur Armand Razafimahefa, qui était président de l'église protestante de Madagascar (FJKM) jusqu'en août dernier.
"Pourquoi on ne dépense pas cet argent pour trouver des vaccins contre le sida, au lieu de commercialiser les préservatifs... C'est une histoire de gros sous", a-t-il affirmé.
"Je suis en accord avec le cardinal sur ce point", a-t-il conclu. Le cardinal Gaëtan Armand Razafindratandra, évêque de Madagascar, a lui aussi fait part à plusieurs reprises de son hostilité à l'utilisation des condoms.
Les églises chétiennes de Madagascar (catholiques, protestants, luthériens et anglicans) compteraient de 8 à 10 millions de fidèles, selon leurs propres sources, sur une population totale de 17 millions d'habitants.
Malgré cette opposition, l'organisation non gouvernementale américaine Population Services International (PSI), financée par la coopération américaine, diffuse dans tout Madagascar sa marque de préservatif au prix de 500 francs malgaches l'unité (4 centimes d'euros).
"Nous en avons vendu 11 millions en 2003 et estimons couvrir 80% du territoire", a déclaré à l'AFP Lalah Rambeloson, directeur des opérations chez PSI. "Mais nous avons parfois des refus ou des abandons chez certains distributeurs, à cause de la religion", a-t-il ajouté.
Cette semaine, le Comité national de lutte contre le sida (CNLS) a donné un nom malgache au préservatif masculin, "Fimailo" ("C'est bon mais fait attention").
Il s'agit de "lutter contre les tentatives de diabolisation et d'en faire un instrument d'usage courant", selon Fenosoa Ratsimanetrimanana, son secrétaire exécutif du Comité. Un album de musique, réunissant des vedettes malgaches de la chanson, a également été lancé à cette occasion.
Le président Marc Ravalomanana avait déclaré la lutte contre le sida "cause nationale" le 3 décembre 2002, six mois après son arrivée au pouvoir. En 2003, Madagascar a affecté 30 millions de dollars à la lutte contre la maladie.
Seulement 1,1 % des Malgaches seraient séropositifs (180.000 personnes touchées sur une population totale de 17 millions), selon l'extrapolation des résultats définitifs d'une étude de séroprévalence effectuée auprès de 9.623 femmes enceintes entre mai et juillet 2003 à Madagascar.
Mais ce chiffre avait laissé sceptique le patron d'ONUSIDA: "Il n'y a pas d'exception malgache, juste une bombe à retardement", avait déclaré en mars dernier le Dr Peter Piot, Directeur exécutif du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) lors d'une visite sur l'île.
Le Dr Piot avait fortement critiqué la déclaration du cardinal catholique de Madagascar, Mgr Gaëtan Razafindratandra: "L'aspect scientifique, ce n'est pas de la compétence de l'Eglise ou des cardinaux, comme moi je ne suis pas compétent en théologie".
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