ALMATY, 8 juil (AFP) - Aux prises avec de graves problèmes de pauvreté et de toxicomanie, les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale pourraient bientôt être confrontées à une énorme progression de l'épidémie du virus du sida (VIH), en raison notamment de l'attitude de déni de leurs dirigeants.
Alors qu'il faisait les manchettes ailleurs dans le monde, le VIH s'est propagé sans bruit dans les cinq pays d'Asie centrale: Kazakhstan, Turkménistan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan.
Quelque 90.000 personnes y auraient déjà contracté le VIH-sida, selon le Centre pour le contrôle des maladies (CCM) basé aux Etats-Unis. Et ce qui inquiète, c'est que ce chiffre pourrait se voir multiplié par 15 d'ici deux ans, avec 1,65 million de personnes infectées sur une population totale de 58 millions.
Le responsable de la Banque mondiale dans la région, Dennis De Tray, exhorte les gouvernements locaux à prendre des mesures dès maintenant.
D'ici "cinq ou dix ans (...) ce sera difficile et coûteux au-delà de l'imaginable, non seulement pour les gouvernements mais aussi en termes de vies et de développement", affirme M. De Tray.
Le pays le plus vulnérable est probablement le Tadjikistan, ravagé par plusieurs années de guerre civile dans les années 1990 et où la consommation d'héroïne par intraveineuse constitue un véritable fléau. Une dose d'héroïne afghane à Douchanbé coûte moins cher qu'une bouteille de bière.
"Ma petite amie a commencé à vendre de l'héroïne, puis nous sommes devenus accros tous les deux. Après avoir utilisé la seringue une fois, nous la passons à des clients", reconnaît Rouslan, 32 ans, qui habite la capitale tadjike Douchanbé.
Dans les zones rurales, le virus est surtout propagé par des travailleurs migrants qui reviennent de Russie avec le VIH qu'ils ont contracté lors de relations sexuelles non protégées avec des prostitué(e)s.
Le gouvernement tadjik est relativement conscient du problème et autorise les ONG à mener des campagnes de prévention auprès des toxicomanes et des jeunes.
Ce n'est cependant pas le cas du Turkménistan voisin, qui se trouve également sur la route du trafic de l'héroïne afghane, mais qui ne compte officiellement que deux porteurs du VIH.
En déclarant que le 21è siècle serait un siècle "sans drogue", l'autoritaire président turkmène Saparmourat Niazov a coupé court à tout débat public sur le sujet, tandis que le gouvernement faisait disparaître pratiquement toutes les ONG.
"Je crois que la présence du VIH au Turkménistan n'est pas moins importante que dans les autres pays", affirme un représentant de l'Onusida, Alexandre Kossoukhine.
Dans le pays le plus peuplé d'Asie centrale, l'Ouzbékistan, les habitants reçoivent toujours peu d'informations sur le virus et la criminalisation de l'homosexualité constitue un obstacle majeur au travail de prévention dans les prisons.
Au Kazakhstan, un pays riche en pétrole, relativement en avance dans la lutte contre l'épidémie du VIH, 40% des détenus ont des rapports homosexuels, ce qui les rend particulièrement vulnérables, soutient M. Kossoukhine.
Dans une ancienne ville industrielle du centre du Kazakhstan, 50% des prostitué(e)s sont porteurs du VIH.
Mais malgré un programme anti-VIH approuvé par Astana, les volontaires qui distribuent des seringues propres sont fréquemment harcelés par la police kazakhe.
Pour des pays qui ne sont indépendants que depuis 13 ans et qui sont fragilisés par l'instabilité en Afghanistan, la menace posée par l'épidémie de VIH est particulièrement grave, estime M. Kossoukhine. "Le VIH fait croître la pauvreté. C'est donc un problème de sécurité".
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