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Sthandiwe, orpheline du sida et séropositive, vit dans le Refuge de Nkosi

Agence France-Presse - juillet 8, 2004
Jérôme Cartillier
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JOHANNESBURG, 8 juil (AFP) - Sthandiwe, 14 ans, orpheline du sida et séropositive, vit depuis deux ans à Berea, dans le centre de Johannesburg, dans le Refuge de Nkosi, fondé en 1999 par la mère adoptive de Nkosi Johnson, garçon décédé à l'âge de 12 ans et devenu symbole de la pandémie en Afrique.

"C'est comme une espèce de secret", lâche d'une petite voix cette adolescente frêle aux grands yeux noirs et au visage tour à tour grave et rieur. "Les gens, quand ils savent que vous avez le VIH-sida, ils commencent à dire des choses désagréables sur vous parce qu'ils n'acceptent pas", explique-t-elle.

Sthandiwe aime lire "toutes sortes de livres sauf les histoires d'amour", admire Mandela "qui s'est battu pour la liberté" et adore le football, surtout les "Kaizer Chiefs" (l'équipe championne d'Afrique du Sud).

Est-elle heureuse de l'attribution du Mondial de 2010 à l'Afrique du Sud ? "Peut-être que je ne serai plus vivante", répond-elle paisiblement.

La jeune fille, dont la mère est morte du sida il y a trois ans, a commencé à prendre des anti-rétroviraux (ARV) il y a un mois. Elle est très sceptique sur l'action du gouvernement sud-africain: "Ils aident un peu mais ils ne font pas assez. Peut-être qu'un jour ils comprendront".

L'objectif du Refuge de Nkosi est d'accueillir des orphelins du sida et des mères séropositives défavorisées avec leurs enfants, qui deviennent bien souvent à leur tour orphelins.

Le centre accueille 13 mères et 46 enfants - entre 3 mois et 17 ans - dont 22 orphelins. Sur les huit enfants qui sont séropositifs, la moitié ont été victimes d'abus sexuels.

Obsession du centre: tenter de faire reculer les tabous, la stigmatisation, la discrimination. Et amener progressivement les mères à accepter leur séropositivité, et l'éventualité que leurs enfants soient également touchés par la pandémie.

Emmelinah Sindane, 42 ans, est séropositive depuis qu'elle a été violée en décembre 1999, dans le centre de Johannesburg.

Originaire de la province du Mpumalanga (nord-est), elle a trois enfants. "Aucun d'entre eux" n'est séropositif, souligne-t-elle dans un sourire rayonnant.

Le dernier, âgé d'un an et demi, a échappé à la séropositivité grâce à un traitement à la névirapine lors des derniers mois de grossesse.

Elle a en charge deux orphelins d'une dizaine d'années, dont l'un est séropositif.

Le plus grand apport du Refuge de Nkosi ? La liberté de parole.

"Pour moi, ce n'est plus un secret. Je n'ai pas peur de regarder les gens dans les yeux et de leur dire: je suis séropositive. Ma famille n'aime pas que j'en parle, mais cela m'est égal", lance-t-elle.

Et cette femme qui s'entraîne, lorsque son état de santé le lui permet, pour courir un marathon, appelle de ses voeux une plus grande franchise face à la maladie: "Si je suis malade, je ne dois pas dire que j'ai la tuberculose ou une pneumonie".

Pour Gail Johnson, qui a créé ce lieu, les orphelins du sida qui se retrouvent abandonnés à eux-mêmes dans les townships sont dans un état "d'extrême vulnérabilité", sécuritaire, sanitaire, sexuelle.

A cette insécurité, s'ajoute une grande fragilité psychologique en raison notamment du tabou qui entoure la maladie et qui pousse les familles touchées à se replier sur elles-mêmes.

"Ils ont souvent accompagné leur parents jusqu'à la mort. Ils ont assisté à leur dégradation et ils ont dû le garder pour eux", souligne Gail, mère adoptive de Nkosi.

"Presque tous les pays du monde comptent des enfants rendus orphelins par le sida. Dans certains pays, ils sont quelques centaines ou quelques milliers. En Afrique ils sont des millions", note l'Onusida dans son rapport rendu public mardi.

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