PARIS, 6 juil (AFP) - La 15ème conférence internationale sur le sida (IAC), qui doit réunir quelque 20.000 participants du 11 au 16 juillet à Bangkok, aura pour thème l'accès aux soins pour tous, alors que six millions de malades des pays en développement ont un besoin urgent de traitement.
Les prix des médicaments ont baissé, l'argent commence à arriver, même si on est encore loin des plus de 10 milliards de dollars jugés nécessaires d'ici 2005. Car il ne suffit pas de payer les traitements: on manque d'infrastructures sanitaires et de soignants formés.
"Les fonds ont augmenté de façon très importante au cours des deux dernières années" et la situation a changé, surtout en Afrique, souligne le directeur de l'Onusida Peter Piot, relevant les "progrès réels" dans ce domaine depuis la précédente conférence à Barcelone en 2002.
"Plus de 400.000 personnes sont maintenant sous traitement antirétroviral dans les pays en développement", a-t-il déclaré à l'AFP, soit deux fois plus qu'en 2002.
"Voici deux ans, en Afrique, il y avait quelque 25.000 personnes sous traitement, et maintenant il y en a plus de 100.000", souligne-t-il.
Près de 40 millions de personnes sont actuellement porteurs du virus du VIH/sida dans le monde, dont environ 25 millions en Afrique sud-saharienne.
La pandémie de sida a déjà fait plus de 20 millions de morts depuis l'identification des premiers cas en 1981, dont 3 millions en 2003. L'an dernier, plus de 4 millions d'adultes et plus d'un demi-million d'enfants de moins de 15 ans ont été infectés.
Mais seulement 7% des six millions de personnes gravement malades du sida que compte la planète reçoivent un traitement médical, le taux descend même à 2% en Afrique, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans les pays développés, la plupart des 650.000 malades -pour 1,6 million de porteurs du virus du sida- sont traités.
Face à cette situation "inadmissible", l'OMS a lancé l'an dernier un plan destiné à fournir des antirétroviraux à 3 millions de patients d'ici la fin 2005. Le coût total du projet se monte à environ 5,5 milliards de dollars.
Les programmes validés par le Fonds mondial contre le Sida, la tuberculose et le paludisme (organisation associant donateurs, bénéficiaires, ONG et notamment l'OMS et l'Onusida) doivent, à terme, permettre de prendre en charge 1,6 million de personnes, selon un des participants à ses travaux, Michel Kazatchkine, directeur de l'Agence nationale française de recherche sur le sida (ANRS).
Le démarrage en février dernier du plan américain contre le sida, avec le déblocage d'une première tranche de 350 millions de dollars sur les 15 milliards promis sur cinq ans, laisse espérer de nouveaux fonds pour lutter contre la pandémie.
La contribution américaine devrait atteindre au total 2,4 milliards cette année, dont 864 millions donnés à 15 pays d'Afrique, des Caraïbes et d'Asie auxquels neuf milliards de dollars sont promis sur cinq ans.
La conférence de Durban en 2000 voulait "rompre le silence", à Barcelone, il y a deux ans, "le défi c'était de trouver les fonds, le défi, maintenant, c'est de continuer à trouver des fonds et de voir comment les employer", ajoute le Pr Kazatchkine.
Face la pression des médicaments génériques, les grandes firmes pharmaceutiques ont à leur tour baissé le prix des antirétroviraux dans les pays en développement.
Peter Piot, qui s'attend à une "accélération de l'accès au traitement dans les prochaines années", reconnaît que "ce n'est pas juste une question de prix", mais qu'il faut former des gens pour donner les médicaments, et qu'il y aussi de "graves problèmes" d'infrastructures de santé dans certains pays africains.
Au total, pour les experts, il n'y a pas à attendre de "scoop scientifique" à Bangkok sur les traitements ou de futurs vaccins, mais "le maintien d'un playdoyer très fort à l'échelle internationale pour la lutte contre le sida".
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