PARIS, 6 juil (AFP) - Plus de vingt ans après l'identification des premiers cas de sida, les chercheurs poursuivent leur quête d'un vaccin, sans espoir de résultats immédiats, et le préservatif reste la seule prévention efficace, même si des microbicides suscitent un nouvel intérêt.
Alors que l'infection au VIH/sida touche environ 40 millions de personnes dans le monde, dont 5 millions contaminés en 2003, le principal enjeu est l'accès aux soins pour tous, thème de la 15ème conférence internationale sur le sida (IAC) qui s'ouvre le 11 juillet à Bangkok.
Introduites à partir de 1996, les trithérapies, cocktails de médicaments anti-VIH, ont transformé le sida en maladie chronique de longue durée pour beaucoup de patients des pays développés. Mais dans les pays à faibles revenus, six millions de malades restent condamnés à mort à brève échéance.
Cependant, en Europe, 10% des malades nouvellement infectés ont contracté une souche du virus du sida résistante à "au moins" un médicament d'une des trois familles de molécules antirétrovirales couramment utilisées, selon une étude publiée l'an dernier. 5% des malades seraient résistants à plusieurs de ces médicaments qui cherchent à bloquer la prolifération du virus lorsqu'il a déjà infecté l'organisme.
Pour les patients en échec de traitement, une nouvelle classe de médicaments destinés à empêcher le virus d'entrer dans les cellules du système immunitaire peut constituer un rempart contre la maladie. Une seule molécule de ce type est disponible : l'enfuvirtide commercialisé sous le nom de Fuzeon, un médicament cher et d'emploi compliqué, nécessitant des injections sous-cutanées.
La névirapine, de préférence associée à l'AZT, peut permettre de prévenir la transmission du VIH de mère à enfant au moment de l'accouchement.
Côté vaccin, une prévention efficace n'est guère escomptée avant dix ans, selon les experts. "C'est un marathon, pas une course, on est au début du chemin", estime un chercheur français chargé de coordonner les essais au sein de l'Agence nationale de recherche sur le sida (Anrs), Yves Lévy.
L'objectif est de combattre, en utilisant simultanément plusieurs armes, un virus facilement mutant.
D'où l'idée d'associer des vaccins pour susciter deux types de défense immunitaire, explique-t-il: production d'anticorps dans le sang pour neutraliser le virus, et réponse immunitaire cellulaire.
Le seul essai à grande échelle, conduit en Thaïlande et aux Etats-Unis, sur un vaccin (baptisé "Aidsvax B/E") produit par VaxGen s'est révélé inefficace l'an dernier tant pour prévenir l'infection que pour la ralentir.
Un autre vaste essai en cours en Thaïlande associe l'Aidsvax B/E avec un vaccin "Alvac vCP1521" d'Aventis-Pasteur. Une trentaine d'autres candidats-vaccins en sont à des phases d'essais préliminaires, selon l'IAVI (International Aids Vaccine Initiative).
A défaut de préserver de la contamination, des vaccins thérapeutiques, autre piste déjà testée, peuvent réveiller le système immunitaire des malades sous traitement et leur permettre d'interrompre leur trithérapie.
Les microbicides pourraient constituer d'autres moyens de prévention. Diffusés sous forme de gel, de films ou encore d'éponges à insérer dans le vagin, ils visent à prévenir la propagation du sida parmi les femmes des pays pauvres où l'usage du préservatif peut s'avérer trop coûteux ou culturellement inacceptable.
Une soixantaine de tests sont en cours, selon l'International Partnership for Microbicides (IPM). Mais il faudra cinq à dix ans, selon le experts, pour développer un produit efficace.
L'utilisation de microbicides, même partiellement efficaces, permettrait d'éviter 2,5 millions d'infections sur trois ans, selon la fondation Rockefeller, qui participe au financement de l'IPM avec notamment la Banque mondiale et des pays européens.
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