NEW DELHI, 2 juil (AFP) - Les sociétés pharmaceutiques du tiers-monde invoquent la morale et l'efficacité contre leurs rivales du Nord qui les accusent de plagier leurs traitements antisida pour les vendre à bas prix dans les pays pauvres.
Plaidant qu'il vaut mieux sauver des vies que préserver des marges de profit, elles ont reçu le soutien de gouvernements comme ceux de la Thaïlande, où les autorités ont réussi à faire reculer le sida, et de l'Afrique du Sud et de l'Inde, deux pays parmi les plus touchés du monde.
Mais les fabricants européens et américains estiment que cette concurrence déloyale mine à terme les progrès de la lutte contre la maladie car la recherche coûte très cher.
Le ministère thaïlandais de la santé n'a pas hésité à risquer une bataille sur les brevets avec des géants américains de la pharmacie en mettant en vente en avril de l'an dernier des anti-rétroviraux produits sur place pour moins d'un dollar par jour.
La Government Pharmaceutical Organisation thaïlandaise est passée outre pour produire un cocktail qui se présente sous la forme d'une pilule et offre la trithérapie des Stavudine, Lamivudine et Nevirapine au prix le plus bas du monde.
"C'est une oeuvre humanitaire. Sans médicaments, comment les patients peuvent-ils survivre", déclare Sombat Thanprasertsuk, directeur du bureau thaïlandais chargé de la lutte contre le sida, la tuberculose et les maladies sexuellement transmissibles.
La Thaïlande n'est pas seule. Des sociétés indiennes ont annoncé l'an dernier qu'elles ramenaient à 38 cents la trithérapie qui freine le sida et permet aux patients de survivre.
Le cocktail est aujourd'hui distribué en Inde, qui compte le second plus grand nombre de séropositifs vivants au monde avec 4,58 millions de personnes, juste derrière l'Afrique du Sud et ses quelque cinq millions.
Grâce aux fabricants indiens, le coût de la trithérapie a baissé dans le monde, réduisant le nombre de morts en Inde, mais aussi aux Etats-Unis, selon la revue médicale britannique Lancet.
Le traitement qui valait des milliers de dollars par an peut maintenant être acheté auprès de Cipla, la société de Bombay, et d'autres firmes pharmaceutiques indiennes pour moins de 250 dollars.
Cipla a lancé le premier médicament générique antirétroviral, le zidovudine, en 1994. Depuis, une dizaine d'autres ont suivi et la société se défend des accusations de contrefaçon des concurrents occidentaux.
"De quoi s'agit-il ? Pendant combien de temps vont-ils profiter des patients ? Cela fait des décennies qu'ils vendent les médicaments contre le sida sur les marchés protégés par des brevets. Qu'est-ce qui compte le plus, la vie d'un patient ou un simple brevet", demande Amar Lulla, co-administrateur délégué de Cipla.
Un responsable du géant britannique GlaxoSmithKline (GSK), basé à Bombay, réplique que les médicaments génériques réduisent les bénéfices des compagnies et pèsent à long terme sur les budgets de la recherche.
"Nous investissons des milliards de dollars dans la recherche et ces fabricants de médicaments génériques nous copient et contournent les brevets par le biais des processus de fabrication. En nous privant de notre âge d'or après des années de mise au point, ils vont tuer la recherche médicale", dit-il.
La question des médicaments génériques sera l'une des principales questions à l'ordre du jour de la quinzième conférence internationale sur le sida la semaine prochaine à Bangkok.
"Si vous voulez vraiment soigner des millions de gens dans des pays sans beaucoup de ressources, il n'y a pas d'autre solution que de faire coopérer les sociétés qui ont déposé des brevets et les sociétés génériques pour répondre à la demande", a récemment déclaré le co-président de la conférence, Joep Lange.
Les génériques ont reçu un encouragement avec la publication cette semaine dans le Lancet d'une étude attestant de manière scientifique que le cocktail des trois antirétroviraux était efficace, simple et bon marché.
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