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Les séropositifs russes souffrent de discrimination, le sida entouré de mythes

Agence France-Presse - Avril 28, 2004
Victoria Loguinova

MOSCOU, 28 avr (AFP) - Des drogués contaminés par le virus VIH privés de soins médicaux, des adolescents séropositifs chassés de leurs écoles... En Russie, le sida reste entouré de mythes et les ONG dénoncent une "discrimination" des séropositifs qui empêche de lutter efficacement contre la propagation de la maladie.

"Les séropositifs ne sont pas embauchés, leurs enfants, même s'ils sont en bonne santé sont renvoyés des écoles, on leur refuse les soins médicaux essentiels", déplore Dmitri Samoïlov, directeur d'une ONG russe spécialisée.

"En Russie, les gens pensent que ceux qui ont contracté ce virus sont forcément impliqués dans des activités criminelles, le trafic de drogue ou la prostitution, et que c'est Dieu qui les a punis", estime Alexandre Petrov, vice-directeur de la branche russe de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW).

HRW a publié mercredi un rapport intitulé "Leçons non apprises" où l'organisation dénonce la politique draconienne de répression contre les drogués en Russie qui sont la partie la plus à risque de la population.

Alors que près de 90% de séropositifs russes ont contracté le virus en consommant des drogues dures par injection, la police russe empêche les toxicomanes d'accéder à des programmes d'échange de seringues, affirment les ONG.

"Beaucoup préfèrent se droguer avec des seringues usées, plutôt que d'avoir affaire avec la police", témoigne dans le rapport de HRW Vladimir, un drogué de 36 ans.

Selon lui, les policiers surveillent les points d'échange de seringues installés par des organisations humanitaires et les pharmacies. "Si tu as une seringue sur toi, il peuvent t'arrêter, même si tu n'as pas d'héroïne, et réclamer 500 dollars pour ta libération", raconte Vladimir.

Aujourd'hui, seulement près de 1.000 personnes sur plus de 250.000 séropositifs que compte officiellement la Russie reçoivent un traitement médical qui ralentit le développement de la maladie, regrette Dmitri Samoïlov.

Ce traitement coûte près de 10.000 dollars par an, une somme énorme pour un Russe moyen.

"Il existe des médicaments génériques beaucoup moins chers qui peuvent réduire les coûts du traitement jusqu'à 150 dollars par an, mais les autorités traînent avec leur enregistrement. D'ici là, beaucoup de gens mourront", souligne M. Samoïlov.

"Combien de vies encore doivent s'éteindre dans ce pays pour que le gouvernement russe accepte enfin l'expérience des autres pays?", s'interroge Joanne Csete, directeur du programme anti-sida de HRW.

Le président russe Vladimir Poutine a promis l'année dernière de verser 20 millions de dollars au Fonds mondial contre le Sida, la tuberculose et le paludisme, alors que le gouvernement russe accorde seulement un million de dollars par an pour financer les programmes de prévention du sida en Russie.

"Les jeunes ne reçoivent pas suffisamment d'informations à propos du sida dans les établissements scolaires. Cela fait propager la peur et les mythes qui n'ont aucun fondement. La majorité de la population croit encore que le virus du sida se transmet par une poignée de main", relève Mme Csete.

"Dans la région de Magadan (Extrême-Orient russe), un des membres de notre organisation n'a pas été autorisé à monter dans l'autobus, parce qu'il était séropositif. Il devait aller au centre médical où il était soigné, mais le chauffeur lui a interdit de monter dans le véhicule", raconte M. Samoïlov.

Selon une étude de l'Onu publiée en février, la Russie, l'Ukraine et l'Estonie connaissent une croissance de cas de sida parmi les plus fortes dans le monde.

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