DUBLIN, 23 fév (AFP) - La propagation du sida en Europe de l'Est pose un vrai défi aux dirigeants politiques, assure le directeur de l'Onusida, Peter Piot, dans un entretien avec l'AFP en marge d'une conférence organisée à Dublin sur le sida en Europe et en Asie centrale.
QUESTION : Pourquoi cette conférence et qu'en attendez-vous ?
REPONSE : Les faits sont clairs. En 1995, il y avait à peu près 30.000 personnes infectées par le VIH en Europe de l'est et aujourd'hui il y en a plus de 1,5 million. Des pays qui sont hautement touchés rejoignent l'Union européenne ou sont à la frontière de l'UE comme l'Ukraine et la Russie. Dans les pays baltes, 1% de la population adulte est infecté par le VIH. Or, avec l'ouverture des frontières, je crois que c'est l'affaire de tous.
Ici en Europe de l'Ouest, j'attends que la Commission européenne et l'Union européenne prennent les choses en main. A l'Ouest, l'année passée, il y a eu quand même entre 30.000 et 40.000 personnes infectées et nous n'avons pas l'excuse du manque de moyens. Après l'introduction des traitements, il y a eu un affaiblissement terrible des programmes de prévention.
Il faut aussi que la lutte contre le sida fasse partie du dialogue politique entre les Etats, et de ce point de vue nous devons lancer un signal à ces pays souvent beaucoup plus pauvres d'Europe de l'Est ou d'Asie centrale et leur dire qu'il y aura un appui à leurs efforts.
Mais si les ressources sont nécessaires, c'est avant tout un test pour le leadership en Europe de l'Est ou en Asie centrale.
Q : comment expliquer la propagation très rapide du sida en Europe de l'Est ou en Asie centrale ?
R : Au début, c'est un peu partout le même schéma. Il y a une propagation du VIH parmi les utilisateurs de drogue. C'est ce qui s'est passé en Asie centrale, dans les pays de passage, ou les corridors de l'héroïne vers l'Ouest. Et puis comme en Ukraine, en Russie il y a transmission sexuelle, mais ça commence toujours par une explosion épidémique parmi les usagers de drogue. De plus, la riposte des autorités a été hautement insuffisante, à quelques exceptions près comme en Roumanie où les gens ont accès aux traitements, ou en Pologne où existe un très bon programme de prévention. Mais en général, il n'y a pas d'efforts significatifs. C'est pourquoi cette conférence est très importante.
Q : que faut-il faire pour enrayer l'épidémie ?
R : Il faut d'abord reconnaître le problème dans chaque pays, et responsabiliser les structures existantes en leur donnant aussi des moyens. il faut aussi se concentrer sur les jeunes, avec des programmes de prévention, d'éducation, une plus grande ouverture sur la sexualité, y compris l'homosexualité. Il faut aussi faire face à la réalité de la drogue, c'est-à-dire avoir des programmes de prévention mais aussi d'accès aux seringues propres, comme ça se fait par exemple en France, et aux traitements pour la drogue. Dans beaucoup de pays en Europe de l'Est, qu'est ce qu'on fait d'un toxicomane ? On le met en prison et c'est tout. On estime que seul un malade sur dix a accès à un traitement. Et il faut bien sûr une information à grande échelle pour la population.
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