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Trois ans de Nepad: beaucoup de paroles, peu d'actes concrets

Agence France-Presse - février 12, 2004
Christophe Parayre

NAIROBI, 12 fév (AFP) - Trois ans après son lancement en grande pompe, le programme du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), qui vise à sortir le continent africain du sous-développement, a donné lieu à beaucoup de belles paroles mais peu d'actes concrets.

Et des voix commencent à s'élever, notamment de la part de personnalités opposées à la mondialisation libérale, pour critiquer ce plan de développement qui ne serait, selon eux, qu'un "nouvel intrument de mendicité" initié par des chefs d'Etat acquis aux thèses libérales.

Le Nepad est pourtant loué par ses initiateurs - Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Abdoulaye Wade (Sénégal), Abdelaziz Bouteflika (Algérie) et Olusegun Obasanjo (Nigeria) - comme le symbole de la "renaissance" d'un continent marginalisé aussi bien politiquement qu'économiquement.

Le projet du Nepad le plus avancé est relatif au Mécanisme africain d'évaluation par les pairs, qui doit être mis en place lors d'un sommet de chefs d'Etat vendredi et samedi à Kigali (Rwanda).

Ce mécanisme - qui doit concerner cette année quatre Etats (Ghana, Kenya, Maurice, Maurice) - doit permettre aux pays africains participants de contrôler les actions menées en vue de promouvoir une bonne gouvernance, une gestion efficace et le respect des droits de l'Homme.

Le 10 octobre 2003 à New York, le secrétaire général adjoint de l'Onu Ibrahim Gambari, également conseiller spécial pour l'Afrique de Kofi Annan, avait admis que, si "la mise en oeuvre du Nepad progresse", "ces efforts ne sont toujours pas suffisants".

"Il faut de toute urgence trouver de nouveaux moyens de remédier au surendettement, au fléau que représente la pandémie de VIH/sida et au contexte macroéconomique", avait-il insisté. Certaines régions, comme l'Afrique centrale, sont particulièrement en retard.

Dans un rapport publié le 7 août 2002 consacré au Nepad, le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, soulignait pourtant un frémissement à la hausse de l'aide publique au développement destinée à l'Afrique en 2001 et 2002. Mais il est difficile de dire si cela était lié au lancement du Nepad.

Cette aide avait dégringolé dans les années 90, passant de 26,6 milliards de dollars en 1990 à 16,4 milliards en 2000. En 2001, elle s'est établie à 17,8 milliards de dollars, puis à 18,6 milliards l'année suivante, ce qui est encore loin des chiffres de 1990.

Le montant total de l'aide accordée à l'Afrique reste modeste, comparé aux "énormes subventions agricoles qui sont versées aux agriculteurs des pays développés", avait souligné M. Annan.

Apparemment sensible aux critiques adressées au Nepad, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a admis lundi qu'"après un lancement fulgurant, le Nepad connaît une petite crise de croissance, comme tous les grands projets".

Beaucoup plus virulente, Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et figure de l'altermondialisme africain, avait qualifié fin janvier à Paris le Nepad de "fuite en avant", de "nouvel instrument de mendicité" à l'égard de pays riches.

Selon elle, "une poignée de décideurs africains voués au néo-libéralisme sont parvenus à dire ce que l'on a envie de faire dire à l'Afrique" sans consulter leurs populations.

Pour Mme Traoré, il s'agit d'"un nouvel ajustement" qui ne fait que prendre le relais de "trente ans de plans d'ajustement structurels conduits par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale qui ont eu des conséquences désastreuses".

"A ce niveau, le Nepad n'a pas entraîné une augmentation dans les échanges commerciaux ou dans l'aide au développement en Afrique", estime de son côté Herman Hanekon, chercheur à l'Africa Institute d'Afrique du Sud, interrogé par l'AFP.

Avant de conclure: "Le Nepad n'a rien fait de mal car il n'a pas fait grand chose".

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