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Commonwealth-sommet-Nigeria: La prostitution et le sida se propagent dans la capitale du Nigeria

Agence France-Presse - décembre 7, 2003
Stuart Graham
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ABUJA, 7 déc (AFP) - Vivian Nyoko, vêtue d'une courte brassière blanche et d'un jean très serré, trône sur une chaise de plastique sale devant un bar du centre d'Abuja tentant d'attirer les clients d'un quartier aux rues défoncées et pleines de détritus.

Cette jeune femme de 22 ans compte parmi les plus de un million de femmes se prostituant au Nigeria, où l'on dénombre plus de sept millions de séropositifs, selon les chiffres d'ONG.

"Evidemment j'ai peur du sida. Mais qu'est-ce que je dois faire?", demande Nyoko, sirotant une bouteille de bière au son d'une musique pop crachée par les enceintes du bar dans la nuit chaude baignée par les odeurs d'égoûts.

"Bien sûr, je dois m'assurer que les hommes portent des préservatifs pendant un rapport sexuel. Certains hommes refusent de porter un préservatif, mais à ce moment là je m'oppose à eux: je ne suis pas stupide, je ne vais pas me suicider", assure-t-elle.

Nyoko est arrivée à Abuja il y a quatre ans en provenance d'un village pauvre proche de la ville de Makurdi, à trois heures de route de la capitale du Nigeria, pour réaliser son rêve et devenir actrice.

"Mon père possède une grande exploitation d'oranges et gagne beaucoup d'argent. Il m'aime beaucoup mais à sa mort, mes frères s'empareront de tout et feront le partage entre eux", explique-t-elle avant d'ajouter: "C'est comme cela que notre culture fonctionne (...) Il vaut mieux pour moi être une femme libre et gagner ma vie".

"Maintenant, je parcours les rues, mais seulement jusqu'à ce que je devienne actrice. Peut m'importe quel genre d'acrice je serai. Ce pourrait être sur scène ou au cinéma, cela m'est égal", affirme-t-elle.

Nyoko raconte qu'elle n'a jamais demandé moins de 3.000 nairas (20 dollars) pour ses faveurs, ce qui fait d'elle est l'une des prostituées les mieux payées de la ville.

Non loin de là, un homme vend des cigarettes et des préservatifs à la lumière d'une bougie. Ses clients semblent être principalement des prostituées.

Le combat contre le sida doit constituer l'un des principaux sujets abordés lors du somment du Commonwealth ouvert vendredi à Abuja et auquel participent les dirigeants de 52 pays, principalement des anciennes colonies britanniques.

On compte quelque 15.000 prostituées à Abuja, et bien qu'aucune étude n'ait été encore menée sur la prévalence du sida dans la ville, des organisations non-gouvernementales affirment que le taux d'infection est "incroyablement élevé", les Nigérians ayant tendance à ne pas utiliser de préservatifs.

Irene Patrick, qui dirige une ONG appelée Développement de l'éducation de la santé des femmes au Nigeria, affirme que les prostituées de luxe officiant dans les hôtels haut de gamme font de bonnes affaires pendant les évènements tels que le Sommet du Commonwealth.

"Il existe différents niveaux de prostitution au Nigeria. Les prostituées haut de gamme distribuent leurs cartes de visite aux hôtels et gagnent quelques 100 dollars pour un rapport sexuel", affirme-t-elle.

Les autres prostituées de la villes ne se font rétribuer que de quelque 500 nairas (trois dollars) par leurs clients et de seulement quelques cents pour celles des villages environnant. "Certaines d'entre elles peuvent avoir des rapports sexuels avec jusqu'à 14 hommes par nuit."

Mme Patrick assure que le cas de Nyoko est caractéristique de l'Afrique, où chaque jour, 6.500 personnes meurent des suites du sida et 9.500 sont contaminées.

"Nous avons calculé qu'environ 2% de la population féminine du Nigeria est composée de prostituées en situation de pauvreté. Les femmes sont attirées par l'argent des villes mais doivent avoir des rapports sexuels pour le gagner: c'est certainement une des raisons pour lesquelles le taux d'infection du sida est si élevé."

Le gouvernement nigérian a pris des mesures pour alerter la population sur la maladie. Le grands panneaux fixés le long de l'avenue principale de la ville exhortent la population à "stopper la propagation du sida" tandis que les journaux accumulent les articles informatifs.

Mais en dépit de ces campagnes, Mme Patrick déplore le fait que de nombreux hommes préfèrent ne pas porter de préservatifs.

"C'est inconcevable à ce stade de la maladie, mais de nombreuses prostituées d'Abuja affirment que leurs clients sont ignorants à propos du sida et refusent le port du préservatif."

Les pays du Commonwealth n'ont toujours pas annoncé de mesures précises contre la maladie, bien que le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan en ait souligné les dangers lors de la Journée mondiale du sida la semaine dernière.

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