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Santé-sida-Afrique-Rhône: Sida: les associations s'adaptent aux spécificités de la communauté africaine

Agence France-Presse - novembre 29, 2003
Franck Madoeuf

LYON, 29 nov (AFP) - "Si je lance une invitation aux jeunes Africains de Lyon pour une journée sur le sida, je n'ai personne. Avec un tournoi de foot, ils viennent avec leurs copines et j'en profite pour distribuer préservatifs et questionnaires", explique en riant Guy Abena, un Camerounais qui a fondé en 1996 "génération future".

Plusieurs associations et organismes de santé s'efforcent comme lui d'adapter les messages de lutte anti-sida aux spécificités culturelles et sociales des Africains, dont le nombre, avec les sans-papiers, est estimé à au moins 10.000 dans le Rhône. Une adaptation qui est compliquée par le caractère hétérogène de cette communauté originaire de quelque 36 pays.

"Il existe toutefois un fonds commun, l'humour par exemple. Mais le message passe complètement à côté avec les posters sur le petit couple blanc homosexuel ou même hétérosexuel", explique Sophie Blondeau.

Cette jeune sociologue est chargée de projet auprès des migrants africains pour l'association départementale d'éducation par la santé. Elle travaille avec une quarantaine d'associations, des Baoulés de Lyon aux femmes sénégalaises.

Le problème, c'est le caractère tabou du sida, "le truc", comme disent les Sénégalais, dont on répugne à parler, même si la situation est grave: selon un rapport de l'institut de veille sanitaire réalisé en 1999, le virus frappe treize fois plus la population d'origine subsaharienne que la population française dans l'Hexagone.

Le rapport ajoute que la majorité des Africains de France se font dépister alors qu'ils sont en phase sida, qu'ils cachent souvent leur séropositivité à leurs conjoints et que les femmes continuent à avoir des enfants en étant séropositives.

"des stratégies à l'africaine"

"Les gens ne sont pas concernés par les campagnes de sensibilisation françaises. Il nous faut donc avoir +des stratégies à l'africaine+: c'est le challenge", explique Guy Abena, qui multiplie les actions dans les bars et boîtes "black" de Lyon, ainsi qu'auprès des prostituées africaines.

Sophie Blondeau estime qu'une campagne du comité français d'éducation par la santé mettant en scène deux jeunes Africaines dans un magasin "a bien passé". Elle distribue largement des cassettes vidéo sur le sida comme "Les aventures de Moussa le taximan" ou "Scénarios du Sahel", oeuvres de réalisateurs africains.

La jeune femme travaille actuellement avec deux associations angolaises à l'élaboration d'une plaquette d'information sur le problème de l'asséchement du vagin provoqué par les femmes au moyen de plantes ou de produits pharmaceutiques. Cette pratique largement répandue en Afrique centrale, et encouragée par les hommes, part du principe qu'une "femme sèche est une femme propre et honnête", alors qu'elle entraîne en fait une multiplication des MST, dont le sida.

"Les ragots et rumeurs vont bon train dans la communauté, alimentés par des idées reçues comme celle qui veut que +les femmes minces ont le sida+", explique Albertine Pabingui, une jeune anthropologue centrafricaine, qui préside l'association interculturelle de lutte contre le sida entre la France et l'Afrique subsaharienne.

Avec quatre adhérentes, elle jouera lundi dans le cadre de la Journée mondiale contre le sida un sketch dénonçant l'ostracisme frappant les séropositifs jusque dans leurs familles.

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