QULOU (Chine), 30 nov (AFP) - Trop jeunes pour comprendre de quoi leurs parents sont morts, ou livrés à eux-mêmes et exclus de ce fait du système scolaire: les orphelins du sida en Chine, comme ceux du village de Qulou, dans la province du Henan (centre) ne peuvent souvent compter sur aucune aide.
Han Chuandong, un garçon âgé de neuf ans, est élevé par son grand-père depuis que son père est mort du sida et que sa mère l'a abandonné.
"Dans que j'en ai encore la force, je m'occuperai de lui", dit le vieil homme qui cultive la terre pour élever son petit-fils.
L'enfant, qui ne comprend pas bien la nature de la maladie qui a emporté son père "a refusé de dormir dans son lit. Il a fallu se débarrasser" du meuble, raconte Han.
Les habitants de Qulou affirment qu'entre 30 et 40 d'entre eux sont morts du sida au cours des trois dernières années. Les orphelins ne reçoivent aucune aide du gouvernement, mais leurs droits de scolarité ont été allégés.
Le nombre des enfants qui ont perdu leurs parents à cause du sida en Chine n'est pas connu, mais l'épidémie a déjà fait plus de 150.000 morts.
"C'est très difficile à chiffrer. Mais à chaque fois que je vais enquêter dans un village frappé par le sida, les patients sont nombreux, et il y a déjà des morts et des orphelins", déclare Gao Yaojie, un médecin à la retraite âgé de 77 ans qui a visité des centaines de villages frappés par l'épidémie depuis 1996.
Mme Gao, récipiendaire du prix Jonathan Mann pour son travail d'information sur le sida dans le Henan, estime qu'il y a au moins deux fois plus d'orphelins que de morts du sida.
Jusqu'en 1996, tous les adultes d'une même famille vendaient souvent leur sang dans le cadre d'un programme de collecte du gouvernement provincial. Après le prélèvment du plasma, le reste du sang leur était réinjecté après avoir été mélangé à celui d'autres donneurs.
Des centaines de milliers de paysans ont ainsi été contaminés par le virus VIH.
En l'absence d'aide gouvernementale, quelques ONG sont aujourd'hui présentes au Henan et apportent un soutien réel, bien qu'insuffisant.
La fondation Chi Heng, basée à Hong Kong, paye des frais de scolarité pour plusieurs centaines d'enfants dont l'un ou les deux parents sont séropositifs ou malades du sida.
A Pékin, l'association Orchid, récemment fondée dans la capitale chinoise, paye les frais d'internat pour 17 orphelins du village de Shuangmiao, dans l'est du Henan.
A Houyang, dans le sud de la province, un villageois a recueilli 38 enfants dont les parents sont morts ou tous deux atteints du sida.
Mais l'aide extérieure n'est pas toujours bien vue des autorités locales, qui craignent pour la réputation de leur circonscription.
Hu Jia, un autre militant anti-sida basé dans la capitale, a ainsi été détenu par la police à Houyang à Noël l'année dernière, alors qu'il voulait distribuer des dons de vêtements et de jouets.
Les autorités "ne veulent pas que des étrangers comprennent ce qui se passe chez elles", affirme Hu.
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