JOHANNESBURG, 29 nov (AFP) - L'ampleur du mal est identifiée, les fonds sont débloqués, les médicaments deviennent abordables, mais, dans sa difficile lutte contre le sida, l'Afrique manque cruellement d'infrastructures et de personnel qualifié.
De tous les coins d'Afrique sub-saharienne, la région la plus frappée par la pandémie avec 26,6 des 40 millions de séropositifs du monde, les mêmes maux de sous-équipement, le même besoin de recrutement et de formation urgente dece personnel font obstacle à l'accès aux traitements.
Sur 4,5 millions d'Africains qui auraient un besoin urgent d'une thérapie antirétrovirale, seuls 50.000 y ont accès.
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le taux d'accès au dépistage et au conseil à travers l'Afrique est de 6%, le taux d'accès aux services de prévention transmission mère-enfant de 1%.
Comme le rappelait récemment le directeur général de l'OMS Jong Wonk Lee, l'accord commercial mondial du 30 août sur l'importation de médicaments génériques par les pays pauvres a représenté une avancée significative dans la poursuite de l'objectif de l'OMS: 3 millions de malades des pays en développement traités par anti-rétroviraux (ARV) d'ici 2005.
"Mais par-dessus tout, c'est un bon personnel médical, qualifié et dévoué, qui nous permettra d'atteindre les 3 millions", soulignait Lee, mettant l'accent sur l'un des grands défis de l'Afrique qui "en plus de tout le reste, subit de lourdes pertes liées à la fuite des compétences".
L'Afrique n'a en moyenne que 16 médecins pour 100.000 habitants, et un nombre de lits d'hôpitaux publics variant, selon les zones, de 0,9 à 2,9 pour 1.000 habitants, selon l'OMS. L'accès à un professionnel de santé quel qu'il soit, varie de 4 pour 100.000 à un maximum de 56 pour 100.000.
L'Afrique du Sud, qui vient de lancer un ambitieux plan de traitement ARV a identifié le défit urgent: "le recrutement de milliers de professionnels de santé et un très large programme de formation de médecins, infirmiers, laborantins et autres", indique le plan gouvernemental. Recrutement et formation absorberont 30% des 46 millions USD débloqués dès cette année.
En Afrique du Sud, le sous-équipement chronique dans des régions jadis négligées par la politique de Santé publique du régime d'apartheid est aujourd'hui aggravé par une fuite de médecins et d'infirmières vers le Royaume Uni, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande.
Mais le problème sud-africain n'est pas unique.
Au Gabon, "de gros efforts ont été faits depuis trois ans", selon le Programme national de lutte contre le Sida (PNLS), avec la création de Centres de traitement ambulatoire à Libreville, bientôt à Port-Gentil et Franceville. "La difficulté, c'est de recruter du personnel formé et d'en avoir les moyens", souligne pourtant Thierry Gateau, du PNLS.
Au Sénégal, "la construction d'infrastructures et de centres d'accueil pour les personnes vivant avec le VIH sida ne se passe pas comme on l'aurait souhaité", reconnaît le Dr Abdoulaye Wade, membre de la Commission de lutte contre le sida.
"Nous ne rencontrons pas toujours les personnes qualifiées. Les médecins que nous rencontrons n'ont pas ces capacités de prise en charge des malades. Il faut les former et les sensibiliser", ajoute le Dr Wade.
Ailleurs en Afrique, l'instabilité politique s'ajoute à l'absence d'infrastructures.
La Côte d'Ivoire, au plus fort taux de séroprévalence d'Afrique de l'Ouest (12%), comptait en 1995 quarante sites de suivi des femmes enceintes séropositives. Avec la crise ivoirienne, 3O de ces sites, surtout en zones rurales, ont été fermés, selon le directeur national d'ONUSIDA Mamadou Diallo.
Au Liberia, en Sierra Leone sortant de plus d'une décennie de guerre civile, accompagnée de mouvements de réfugiés, de viols par des armées ou rébellions occupantes, le manque d'infrastructures et de capacité ne sont même pas encore des problèmes prioritaires: le sida en lui-même commence juste à devenir une priorité.
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