KIEV, 29 nov (AFP) - Certains pensent qu'il n'est pas mortel, d'autres qu'on peut l'attraper par une simple poignée de main, le virus du Sida demeure encore un fléau incompris pour une partie de la population ukrainienne pourtant confrontée ces dernières années à une progression fulgurante du VIH.
"Le nombre de personnes infectées est relativement peu élevé, mais si on regarde le taux de progression du virus, on voit que la situation est vraiment effrayante", a estimé Jantine Jacobi, responsable d'Onusida pour l'Ukraine, le Bélarus et la Moldavie.
L'Ukraine est le pays d'ex-URSS comptant la plus importante prévalence du virus (1% de la population adulte) et le pays où la progression du VIH est la plus forte après l'Estonie et la Russie. L'Ukraine compte officiellement plus de 60.000 séropositifs, mais il seraient en réalité environ 400.000.
Vers 2010, l'Ukraine pourrait compter jusqu'à 1,44 million de séropositifs, un phénomène qui "menace le développement socio-économique" de ce pays où le quart des 48 millions d'habitants vit sous le seuil de la pauvreté, selon Onusida.
Onusida souligne également la hausse "alarmante" des personnes contaminées lors de relations sexuelles, de 11,3% en 1997 à 26,9% en 2001, ainsi que des nouveaux-nés infectés par leur mère (13,1% en 2001 contre 2,2% en 1997).
Plus de 70% des séropositifs ukrainiens sont des toxicomanes, un problème qui rend plus ardus la prévention et le traitement de la maladie, selon Mme Jacobi. "Cela prend du temps pour établir une relation de confiance avec les toxicomanes qui sont souvent des marginaux" âgés entre 15 et 39 ans, dit-elle.
Serhiy Fedorov, un ancien toxicomane de 30 ans qui est séropositif depuis près de neuf ans, estime qu'il est parfois "difficile de faire comprendre à quelqu'un, qui vit dans un autre monde ou qui est dans un processus d'autodestruction, qu'il doit prendre des précautions".
Cet Ukrainien a créé en 1998 l'ONG Vie+ qui vient en aide aux séropositifs et fait de la prévention parmi les toxicomanes dans les rues d'Odessa (sud). "Le manque de moyens de certains médecins incapables de poser un diagnostic, la discrimination et l'incompréhension que suscite le sida dans la population sont les principaux problèmes", estime-t-il.
"Et encore trop peu de malades ont accès aux soins", dit-il en rappelant que le système de santé ukrainien est sous-financé depuis des années.
Serhiy Moussienko, un jeune responsable d'une ONG anti-sida à Kiev, explique que les "séropositifs vivent dans la peur que l'on sache". "Les gens sont encore mal informés" sur les modes de propagation de la maladie, dit-il.
Un journaliste ukrainien travaillant pour une chaîne de télévision confie être "mal à l'aise" avec un séropositif. "Je me demande vraiment si on peut par exemple lui serrer la main, on ne sait jamais", dit-il non sans gêne.
Grâce aux millions de dollars versés par la communauté internationale, des campagnes de prévention ont été organisées, notamment dans les écoles, mais elles ne touchent pas toutes les couches de la population, selon Natalia Moousseïeva, une pédiatre du Centre régional pour le sida à Odessa.
Des grands-parents refusent parfois de faire soigner les petits-enfants dont ils ont la charge "parce qu'ils ne croient pas que l'enfant, qui a l'air en bonne santé, est malade", dit Mme Moousseïeva.
Un récent sondage de la radio-télévision britannique BBC en Ukraine révèle que le tiers des Ukrainiens pense que le sida n'est pas une maladie mortelle et que 10% d'entre eux n'ont pu répondre à cette question.
Environ 3.220 personnes ont officiellement succombé à la maladie depuis son apparition en 1987. Onusida estime pour sa part que plus de 11.000 Ukrainiens en sont morts.
031129
AF0311E9_FR
© Agence France-Presse 2003. Tous droits de reproduction et de représentations réservés. Toutes les informations, textes, photos, graphiques reproduites sur ce site ainsi que le logo de l'AFP sont protégés par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'Agence France-Presse. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. http://www.afp.com/
AEGiS is made possible through unrestricted grants from Boehringer Ingelheim, the National Library of Medicine, and donations from users like you. Always watch for outdated information. This article first appeared in 2003. This material is designed to support, not replace, the relationship that exists between you and your doctor.
©1990, 2003 - AEGiS. AEGiS presents published material, reprinted with permission and neither endorses nor opposes any material. All materials appearing on AEGiS are protected by copyright as a collective work or compilation under U.S. copyright and other laws and are the property of AEGiS, or the party credited as the provider of the content.