BOMBAY (Inde), 30 nov (AFP) - L'industrie pharmaceutique indienne s'attend à des ventes record de médicaments anti-sida à prix réduit grâce à un accord facilité par l'ancien président américain Bill Clinton, mais l'Inde, un des pays les plus touchés au monde, en est paradoxalement exclue.
En octobre dernier, l'ex-président américain a annoncé un accord avec trois laboratoires pharmaceutiques indiens, Ranbaxy, Cipla et Matrix Laboratories, ainsi qu'avec un laboratoire sud-africain, sur la réduction d'un tiers du coût de leur traitement de trithérapie contre le sida. Cet accord permet de ramener à 0,38 dollar par jour et par personne le prix de ces médicaments.
Neuf pays des Caraïbes et quatre pays d'Afrique, où intervient la fondation de Bill Clinton, bénéficieront de ces tarifs, par le biais d'agences de distribution de médicaments désignées par les gouvernements nationaux.
Paradoxalement, l'Inde, deuxième pays au monde touché par l'épidémie avec 4,58 millions de personnes infectées par le virus HIV, juste derrière l'Afrique du Sud, ne figure pas parmi les 13 pays bénéficiaires alors que la trithérapie y coûte au moins un dollar par jour et par personne.
Les militants anti-sida ont déploré cette situation, d'autant qu'une récente étude a révélé que l'Inde risquait de connaître une épidémie semblable à celle rencontrée dans certains pays d'Afrique où le sida est la première cause de mortalité.
"Nous sommes vraiment inquiets et cela semble très injuste", a déclaré Ravi Kant, membre d'une organisation non gouvernementale (ONG) responsable depuis plusieurs années en Inde de campagnes de lutte contre le sida.
Paresh Chaudhary, porte-parole du laboratoire Ranbaxy, a indiqué que cette exclusion tenait au fait que le gouvernement indien n'était pas partie prenante dans cet accord.
"Il me semble paradoxal que les laboratoires pharmaceutiques indiens viennent en aide aux populations dans d'autres pays et pas en Inde", a pour sa part indiqué le docteur Kenneth Wind-Andersen, directeur du programme anti-sida des Nations Unies en Inde.
Il a cependant précisé que New Delhi était en négociation avec des firmes pharmaceutiques pour qu'un accord similaire soit obtenu pour les patients indiens, soulignant que cela est "très important".
Le ministre indien de la Santé, Mme Sushma Swaraj, a de son côté indiqué que le gouvernement espérait établir un partenariat avec l'industrie pharmaceutique.
"Nous voulons renforcer notre présence dans le secteur pharmaceutique pour la fourniture de médicaments anti-rétrovirus non seulement en Inde mais dans les autres parties du monde", a-t-elle déclaré.
"Nous voulons procurer aux malades du sida des médicaments à des prix abordables tout en améliorant nos équipements pour le dépistage et nos infrastructures médicales", a-t-elle précisé.
Les laboratoires indiens sont actuellement dans l'attente d'une ultime autorisation des gouvernements des pays concernés pour mettre en place l'accord signé avec la fondation de Bill Clinton.
Ils espèrent que cette mesure leur permettra d'accroître leurs parts de marché et leurs chiffres d'affaires au sein de ces différents pays. Paresh Chaudhary a estimé que Ranbaxy, le plus important laboratoire d'Inde dont les ventes de médicaments anti-sida ont atteint les 2,2 millions de dollars sur l'exercice 2002-2003, allait tirer bénéfice de cet accord, en raison des importantes quantités concernées.
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