NEW YORK (Nations unies), 29 oct (AFP) - Après l'Irak et le Proche-Orient, les Nations unies sont à nouveau profondément divisées, cette fois sur la question du clonage humain, que certains pays souhaitent autoriser à des fins thérapeutiques.
Selon ses défenseurs, un clonage limité pourrait aider à soigner des maladies mortelles comme le SIDA alors que pour ses adversaires, la possibilité de fabriquer des embryons en laboratoire constitue un champ de mines éthique pour la science moderne.
Les deux camps se retrouveront face à face cette semaine si les tenants d'un "clonage thérapeutique" provoquent un vote de l'Assemblée générale sur une proposition belge offrant la possibilité à chaque pays de se doter de sa propre législation.
En face, le Costa Rica, les Etats-Unis, les Philippines et plus de 50 autres pays, soutenus par le Vatican, réclament l'adoption, avant l'année prochaine, d'une convention internationale interdisant toute forme de clonage humain.
Dans un projet de résolution, ces pays, emmenés par le Costa Rica, estiment que le clonage d'êtres humains est "moralement répugnant, contraire à l'éthique et au respect dû à la personne et constitue une grave violation des droits humains fondamentaux".
A l'opposé, des pays comme la Belgique, la Grande-Bretagne, la Chine et une minorité importante de pays estiment qu'un clonage limité "ouvre des perspectives pour l'amélioration de la santé des individus et de l'humanité dans son ensemble".
Les défenseurs du clonage thérapeutique estiment que leur proposition sauvegarde le caractère sacré de la vie humaine, en interdisant le clonage reproductif, mais donne aux pays la possibilité de légiférer et de poser eux-mêmes les limites au clonage thérapeutique.
"Tout en respectant la position des pays qui sont opposés (à tout clonage), cela permet aussi à d'autres de poursuivre (les recherches) avec une réglementation stricte", a déclaré à l'AFP un diplomate onusien, partisan de l'initiative belge.
"Dans l'état actuel des choses, dans les pays où il n'y a aucune législation, un enfant cloné pourrait naître demain et personne ne pourrait rien y faire", a-t-il ajouté.
Mais les gardes-fous prévus par cette proposition ne sont pas suffisants, de l'avis de ceux qui prônent une interdiction totale du clonage, estimant que l'autorisation de créer des êtres humains risque non seulement d'encourager un clonage reproductif clandestin mais d'avoir des conséquences incalculables.
"Il ne s'agit pas seulement d'une question morale", a déclaré un diplomate philippin. "Cela a des implications commerciales, sociales et économiques. Où allez vous trouver ces embryons clonés? Allez-vous aller du côté de pays marginalisés, pauvres?", s'est-il inquiété.
Pour un diplomate favorable lui à l'autorisation du clonage thérapeutique, "il sera finalement bénéfique pour les pays les moins développés si, par exemple, il conduit au développement de traitements contre le HIV et le SIDA qui touchent particulièrement les pays pauvres".
A l'inverse des résolutions votées par le Conseil de sécurité de l'ONU, celles qui sont approuvées par l'Assemblée générale ne sont pas contraignantes mais représentent seulement une tendance de l'opinion mondiale qui peut donner le ton pour un futur débat légal.
Pour Washington, sur cette question du clonage, aucun compromis n'est envisageable. "En diplomatie, on n'aime jamais dire qu'il n'y a pas de place pour la discussion mais sur ce sujet, c'est vraiment blanc ou noir", a déclaré un diplomate américain.
Selon des sources diplomatiques, une décision sur le vote éventuel de la résolution costaricienne pourrait intervenir avant lundi, à moins que l'initiative ne soit purement et simplement abandonnée pour l'instant, pour ne pas affaiblir encore l'image d'une ONU divisée.
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