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Burundi-guerre-10ans: Dix ans de guerre au Burundi: une économie en lambeaux, paupérisation générale

Agence France-Presse - octobre 20, 2003
Esdras Ndikumana
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BUJUMBURA, 20 oct (AFP) - Au Burundi, dix ans après le début d'une guerre civile qui a déjà fait plus de 300.000 morts, en majorité des civils, l'économie de ce petit pays d'Afrique centrale est en lambeaux, la paupérisation de la population s'est généralisée.

"Tous les indicateurs économiques, comme le PIB par habitant qui a baissé de moitié depuis le début de la guerre, nous indiquent que l'économie du Burundi est en lambeaux", estime Cyrille Sigejeje, secrétaire général de la Chambre de commerce et d'industrie du Burundi (CCIB).

Depuis le début de la guerre civile au Burundi en 1993, le PNB est tombé de 1,2 milliard de dollars en 1991 à 0,62 en 2002, le PIB par habitant est passé de 240 USD en 1993 à 110 USD en 2002.

La dette extérieure représente 204% du PNB, le service de la dette absorbe 98,8% des revenus de ce pays, classé par la Banque mondiale comme le troisième plus pauvre de la planète.

"Il n'y a pas seulement que les indicateurs économiques qui montrent que le Burundi est aujourd'hui à genoux, il suffit de faire un tour à travers le pays et de voir l'extrême pauvreté de la population, l'état lamentable des routes, le secteur du bâtiment qui ne marche plus, pour s'en convaincre plus encore", ajoute M. Sigejeje.

"Si la guerre se poursuit, ce pays qui a une économie rurale ne s'en remettra plus", estime de son côté Prime Nyamoya, un professeur d'économie devenu banquier.

Cette guerre civile oppose les combattants des deux principales ethnies de ce pays, les Hutus qui représentent 85% de 6,9 millions d'habitants et les Tutsis estimés à 14%, par mouvements rebelles hutus et armée (dominée par les Tutsis) interposés.

Alors que les indicateurs économiques passaient progressivement dans la rouge, la paupérisation de la population s'est généralisée.

Le nombre des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé de 33% avant la guerre à 67% aujourd'hui.

Et un Burundais sur six environ ne vit pas dans sa maison, soit réfugié à l'étranger, soit déplacé à l'intérieur du pays par les violences.

Quelque 388.000 Burundais sont des déplacés intérieurs et quelque 800.000 sont réfugiés dans les pays voisins dont 350.000 dans les camps de Tanzanie où ils bénéficient de l'assistance du Haut commissariat de l'Onu pour les réfugiés (HCR).

Quelque 470.000 vivent dans des villages, en Tanzanie, sans aucune assistance.

"Il n'y a plus de circuit de commercialisation, plus de clients pour les entreprises burundaises", affirme M. Sigejeje, le responsable de la Chambre de commerce et d'industrie.

"La conséquence de cela, c'est que les industries burundaises, qui naissaient à peine, sont aujourd'hui en état de léthargie totale, si elles n'ont pas fermé", ajoute M. Nyamoya, la banquier.

De plus, "les finances publiques sont dans un état aussi lamentable que celui de la population", ajoute-t-il.

Le café qui compte pour plus de 85% dans les exportations burundaises est au plus mal, explique M. Nyamoya.

Au Burundi, la production annuelle du café a chuté de 36.000 tonnes en 2002 à 7.000 tonnes en 2003, selon l'Office du café du Burundi.

"La première conséquence c'est que le Burundi ne peut plus payer les fonctionnaires, pour la première fois de son histoire", rappelle Cyrille Sigejeje.

Quant à la population, son sort est encore aggravé par la pandémie du sida avec un taux de prévalence au VIH qui est passé de 2% en 1993 à plus de 7% en 2002 en milieu rural.

"C'est plus qu'alarmant pour ce pays où 91% de la population vit en milieu rural, où les campagnes officielles contre le sida n'ont aucune incidence, où la guerre pousse les gens à la promiscuité et la pauvreté à la prostitution", explique un responsable d'une ONG locale.

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