JOHANNESBURG, 30 août (AFP) - L'accord conclu samedi à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) sur la fourniture de médicaments génériques aux pays les plus pauvres, représente un espoir de survie pour des dizaines de millions d'Africains souffrant du VIH/sida, de la tuberculose ou du paludisme.
L'accord devrait permettre aux pays pauvres d'importer plus facilement des médicaments génériques meilleur marché, s'ils ne peuvent pas les fabriquer eux-mêmes, une question de vie ou de mort pour les quelque 30 millions de personnes atteints par le VIH/sida en Afrique sub-saharienne.
Dans cette zone du continent, de nombreuses personnes disposent de moins de un dollar par jour pour subsister, quelque 2,4 millions de personnes sont mortes de cette maladie en 2001 et le sida a réduit l'espérance de vie de 62 à 47 ans.
Ces décès prématurés laissent souvent des personnes âgées en charge de jeunes enfants tandis que des dizaines de milliers d'orphelins du sida sont livrés à eux-mêmes.
La pandémie, qui affaiblit le système immunitaire, a conduit à une hausse des cas de tuberculose. Par ailleurs, le paludisme tue encore un million d'Africains chaque année, un enfant par seconde.
En Afrique du sud, où un millier de personnes meurent chaque jour du sida, selon l'ONU, pendant des années, le gouvernement sud-africain et notamment le président Thabo Mbeki ont distillé des contre-vérités sur le VIH/sida, mettant notamment en doute l'efficacité des anti-rétroviraux, qualifiés notamment de "toxiques".
Récemment, l'opposition sud-africaine a réclamé la démission et le lancement de poursuite judiciaires contre la ministre de la santé Manto Tshabalala-Msimang pour violations des droits de l'Homme. La ministre, elle même médecin, n'avait pas hésité à comparer les anti-rétroviraux à du "poison" et à recommander un mélange d'ail, oignons, huile d'olive et pommes de terre pour renforcer le système immunitaire.
Désormais, le gouvernement sud-africain reconnait, mais avec énormément de retard, les effets positifs de ces médicaments dans la lutte contre la maladie. Mais même l'Afrique du sud, le pays le plus riche du continent, éprouve des difficultés à dégager les fonds nécessaires pour soigner ses cinq millions de citoyens séropositifs.
En avril 2001, cédant aux pressions de l'opinion mondiale, 39 géants de l'industrie pharmaceutiques avaient dû retirer une plainte en justice destinée à interdire à l'Afrique du sud une éventuelle importation de versions moins coûteuses de leurs traitements visant à retarder les effets du VIH/sida. Cette décision avait été saluée devant la Haute Cour de Pretoria par de véritables danses et chants de joie de militants engagés dans la lutte contre la pandémie.
Mais les règles sur la propriété intellectuelle était restées en place et avaient forcé certains militants à importer des médicaments génétiques illégalement l'année suivante.
"Nous avons décidé de violer la loi car la vie d'un patient ne peut pas dépendre d'une loi sur les brevets", explique Eric Goemaere, membre sud-africain de Médecins sans Frontières (MSF).
Les médicaments génériques fabriqués au Brésil, en Inde ou en Thaïlande coûtent la moitié du prix des médicaments brevetés.
Ainsi le Brésil, avec 600.000 habitants porteurs du VIH/sida a enregistré moins de la moitié des décès prévus par les agences internationales après avoir commencé à produire et distribuer huit médicaments anti-rétroviraux à bas prix.
L'Afrique du sud prévoit désormais de fabriquer ses propres médicaments et d'exporter les versions les moins chères vers 13 autres pays d'Afrique australe.
Certains pays du continent africain ont des budget de santé équivalent à cinq dollars par habitant et par an.
Le texte sur lequel un accord a été conclu samedi à l'OMC, avait été bloqué en dernière minute en décembre dernier par les Etats-Unis, sous la pression de leur industrie pharmaceutique qui craignait une baisse de ses profits.
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