HANOI, 18 août (AFP) - Qui s'offre un plaisir tarifé devra le faire protégé: l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) défend un vaste programme de lutte contre le sida dans l'industrie du sexe en Asie, jugeant que la seule parade à la pandémie est la distribution de milliards de préservatifs.
L'OMS a souhaité marquer les esprits lundi, lors de l'ouverture de sa réunion régionale consacrée au sida au Laos, s'appuyant sur des chiffres sans appel pour vaincre les réticences politiques et culturelles.
Sept millions de personnes sont infectées par le virus dans la région Asie-Pacifique. Ils seront au moins 30 millions d'ici 2010, rien qu'en Inde et en Chine, si rien n'est fait pour stopper la maladie.
"Plus d'un milliard de préservatifs sont nécessaires chaque année dans la seule industrie du sexe en Chine", indique l'OMS, qui part du postulat officiel qu'il existe six millions de prostituées en Chine avec chacune en moyenne 0,5 client par nuit.
"Les préservatifs sauvent des vies. Nous devons sérieusement intensifier la promotion de cet outil salvateur pour prévenir l'infection de millions de personnes," a déclaré à Vientiane, en ouverture de la réunion, le Dr. Giovanni Deodato, représentant de l'OMS au Laos.
Un hôte qui n'a pas été choisi tout à fait par hasard, tant les résistances sont vives dans ce petit pays communiste, très en retard par rapport à ses voisins.
"Les autorités expliquent que les traditions lao sont très conservatrices, que le sexe avant le mariage n'existe pas et que la prostitution non plus, puisqu'elle est interdite", relève un expert étranger à Vientiane.
En mai dernier, le Dr. Nafis Sadik, conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan sur le sida, avait accusé les autorités laotiennes de "bigoterie", en fustigeant leurs préjugés mentaux et l'insuffisance de leur engagement financier.
Car la capitale laotienne s'est ouverte sur l'extérieur et les prostituées sont désormais nombreuses sur les bords du Mékong et dans les bars de la ville.
Le programme "Préservatif à 100%" de l'OMS est essentiellement tourné vers l'industrie du sexe. Un choix critiqué par certaines organisations non gouvernementales qui l'accusent de cantonner le problème du sida au milieu de la prostitution.
Mais l'OMS souligne combien un faible nombre de travailleurs sexuels peut faire exploser la propagation de la maladie.
Et elle s'appuie sur certaines réussites. Cette année, le ministère de la Santé publique thaïlandais distribuera quelque 26 millions de préservatifs gratuits aux groupes dits vulnérables.
Le Cambodge voisin, une autre place forte de la prostitution, en a de son côté vendu 20 millions en 2002, ou 50.000 par jours. Soit une augmentation de 200% en dix ans.
"Nous voulons reproduire ailleurs en Asie le succès obtenu au Cambodge et en Thaïlande", indique Bernard Fabre-Teste, directeur du département des maladies sexuellement transmissibles au siège régional de l'OMS, à Manille.
Le programme est actuellement mis en place dans des bordels de Chine, Birmanie, Mongolie et Vietnam et vient de débuter aux Philippines et au Laos.
Et l'organisation de souligner l'importance de convaincre : "Une étude auprès d'hommes fréquentant les cliniques pour maladies sexuellement transmissibles dans le sud du Vietnam a montré que 75% d'entre eux avaient fréquenté un travailleur sexuel les trois dernières années, mais que seuls 7% utilisaient un préservatif régulièrement. De plus, 70% n'en avaient jamais utilisé".
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