DURBAN (Afrique du sud), 6 août (AFP) - La conférence sud-africaine sur le sida a clos ses travaux mercredi après-midi sur la supplique d'une jeune femme séropositive demandant de la Nevirapine, un anti-rétroviral toujours proscrit en Afrique du sud, qui lui permettrait d'avoir un enfant sans risquer de lui transmettre le virus VIH.
"J'ai décidé en 1994 de ne pas avoir d'enfant, parce qu'alors nous n'avions pas de choix, mais maintenant, grâce aux scientifiques et aux chercheurs, nous avons la Nevirapine", a déclaré Prudence Mabele aux 4.000 participants à la conférence qui a tenu ses travaux pendant 4 jours à Durban (est).
En présence de la directrice du Conseil gouvernemental de contrôle des médicaments (CCM), Precious Matsoso, qui vient de suspendre l'autorisation d'utiliser en Afrique du sud cet anti-rétroviral qui empêche la contamination de l'embryon, Prudence Mabele a clamé: "Il n'y a plus de temps à perdre".
"Le gouvernement procurera sans doute les médicaments contre le sida avant les prochaines élections (2004), mais en attendant les gens meurent (...) Agissons maintenant, il ne s'agit pas d'un jeu politiaue, nous souffrons, nous sommes en colère, nous voulons avoir accès au traitement dès maintenant", a martelé Prudence Mabele, au bord des larmes, faisant se lever l'assitance toute entière qui l'a longuement applaudie.
"Demandez à n'importe quelle femme qui veut avoir un enfant: elle vous dira que s'il y a 2% de chances de sauver son enfant, elle prendra le risque. La recherche a démontré que la Nevirapine réduisait les risques d'infection à l'enfant de 50%. Je veux avoir mon bébé, mais je ne peux le faire qu'avec de la Nevirapine", a-t-elle lancé.
En réponse, Precious Matsoso a indiqué que le CCM attendait toujours "des informations sur l'efficacité" de la Nevirapine. "Nous devons nous asseoir avec les chercheurs et discuter avec eux, nous ne l'approuverons qu'au vu de données, mais nous attendons toujours. Il s'agit d'un problème de réglementations", a-t-elle expliqué.
La Nevirapine est agréée par les Nations unies et utilisée dans de nombreux pays, masi le CCM a fait savoir à son fabricant, Bohringer Ingelheim, à la veille de l'ouverture de la conférence de Durban, qu'il lui donnait "90 jours" pour apporter des preuves supplémentaires sur l'efficacité de cet anti-rétroviral. Des experts sud-africqins ont fait savoir par voie de presse que ce délai était insuffisant.
Répondant à Precious Matsoso, le Dr. Catherine Wilfert, docteur auprès de la fondation Elizabeth Glazer Pediatric AIDS, a fait devant l'assistance l'éloge de la Nevirapine qui a, a-t-elle souligné, les "qualités merveilleuses d'être absorbée rapidement, d'avoir des effets prolongés, et de traverser le placenta pour agir directement sur le bébé".
Catherine Wilfert a indiqué que les études menées jusqu'à présent sur la Nevirapine dans le monde avaient toutes "prouvé son efficacité", y compris une etude de 14 à 16 semaines conduite en Ouganda et dont l'Afrique du sud rejette précisément les conclusions pour "vice de forme".
L'étude ougandaise montre que la prise d'une seule dose de Nevirapine par une femme enceinte réduit les chances de transmission du virus de 47%, a-t-elle expliqué.
"Autant de bébés séropositifs naissent en Afrique chaque jour qu'en un an aux Etats-Unis -de 1.800 à 2.000- et cela constitue une crise majeure", a-t-elle commenté.
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