DURBAN (Afrique du sud), 4 août (AFP) - Scientifiques, hommes d'affaires et dirigeants des communautés civiles se réunissent lundi à Durban pour une conférence traitant des moyens de combattre la pandémie du sida en Afrique du sud, au milieu d'une polémique concernant les traitements anti-rétroviraux.
La conférence a connu dès dimanche soir une cérémonie d'ouverture mouvementée, avec des activistes qui s'en sont pris directement au vice-président sud-africain Jacob Zuma et à la ministre de la santé Manto Tshabalala-Msimanga, et ont sifflé les orateurs. Elle doit poursuivre ses travaux jusqu'à mercredi avec la participation de nombreux experts étrangers.
Le gouvernement sud-africain est actuellement sous le feu des critiques, principalement de la part de la Campagne d'action pour le traitement (TAC), lui reprochant de ne pas avoir mis en place un plan national adéquat de prévention et de traitement pour les personnes atteintes par le virus VIH ou ayant développé la maladie.
Après avoir remis en question fin juillet l'efficacité de la Nevirapine pour éviter la transmission du virus de la mère à l'enfant, le gouvernement se lance à présent dans une campagne prônant des "régimes nutritionnels" à base d'ail, d'oignon et d'huile d'olive pour rehausser les défenses de l'organisme contre le VIH.
Le Conseil gouvernemental de contrôle des médicaments (CCM) est à l'origine de la remise en cause de la Nevirapine, médicament déjà approuvé par les agences onusiennes et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et que le gouvernement avait été contraint d'accepter à la suite d'une action en justice lancée par la TAC.
Dans une décision qui a alimenté la fureur des activistes contre le sida, le CCM a invoqué des "vices de forme" dans une étude conduite en Ouganda, jutifier son rejet de cet anti-rétroviral.
Le responsable du CCM, Precious Matsoso, a prétexté du fait que l'étude ougandaise, dont les Etats-unis ont accepté les résultats, n'avait pas fait l'objet d'une demande préalable exhaustive de validité auprès de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, et a en conséquence invalidé ses conclusions en ce qui concerne l'Afrique du sud et fait suspendre l'usage de la Nevirapine.
Prenant le contre-pied du CCM, l'envoyé spécial des Nations unies pour les problèmes du sida en Afrique, Stephen Lewis, a encouragé lundi devant la presse les pays africains à s'inspirer de l'étude et de l'expérience de l'Ouganda qui, a-t-il dit, a "remporté de grands succès dans la lutte contre le sida".
"Le pays (l'Ouganda) est obsédé par le traitement et le poursuit de façon quasiment butée", a-t-il déclaré, "il n'a pas beaucoup de capacité en ressources humaines, mais il est tout simplement déterminé à maintenir ses habitants en vie".
Stephen Lewis a rappelé que l'Ouganda traite 17.000 personnes par l'intermédiaire de son Centre de Recherche clinique, avec un objectif de traitement de 60.000 patients d'içi fin 2004, ce qui représente le plus vaste programme de traitement contre le sida par le secteur public sur le continent africain.
Avec un taux de mortalité dû au sida de près de 1.000 personnes par jour selon des statistiques onusiennes, l'Afrique du sud est l'un des pays au taux d'infection le plus élevé au monde.
Le président de la conférence de Durban, Jerry Coovadia, a lancé lundi un appel à l'apaisement dans cette atmosphère de polémique, soulignant "qu'il est temps d'arrêter, d'évaluer la situation et de se parler l'un à l'autre (...) afin d'aboutir à une opinion concertée sur la situation dans laquelle nous nous trouvons".
Dimanche, la TAC, un groupement d'organisations privées et non-gouvernementales pour la lutte contre le sida, a annoncé l'ouverture d'une nouvelle action en justice contre le gouvernement, contestant sa prise de position sur le problème de la Névirapine et dénonçant son incapacité à mettre sur pied une campagne nationale de traitement et de prévention.
Un spécialiste des questions du sida au Conseil sud-africain de recherche en sciences humaines (HSRC), Olive Shisana, a prédit que l'Afrique du sud aurait en 2010 un produit national brut de 17% inférieur à son PNB actuel en raison du sida.
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