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Santé-Inde-Onu-sida: Sida : l'Inde doit "agir maintenant" pour éviter la catastrophe

Agence France-Presse - juillet 24, 2003
Brigitte Castelnau
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PARIS, 24 juil (AFP) - L'Inde doit "agir maintenant" contre le sida, au risque de voir se réaliser les estimations les plus pessimistes prédisant jusqu'à 25 millions d'habitants infectés d'ici 2010, avertit l'Onusida.

Le Dr Peter Piot, directeur exécutif dé l'Onusida, le programme commun des Nations Unies pour le VIH/SIDA, appelle les politiques de ce pays d'un peu plus d'un milliard d'habitants à s'unir et à se jeter dans la bataille, à l'occasion de la Convention nationale des parlementaires indiens qui se tient à New Dehli les 26 et 27 juillet.

Le message s'adresse également aux entreprises du secteur privé (prévention, éviter de licencier les personnes touchées) que le patron de l'Onusida rencontrera le 30 juillet.

Il faut "agir maintenant avant que l'épidémie ne touche quelque dizaines de millions d'Indiens, ce qui ne manquera pas d'arriver si on continue comme ça", déclare-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Cette convention nationale, la première consacrée au sida, est, selon lui, un "évènement historique". Elle réunit élus, ministres d'Etats parfois de plus de 100 millions d'habitants, maires, parlementaires, opposition (Sonia Gandhi). "C'est pratiquement l'union sacrée. Il était temps".

"L'Inde compte plus de 4 millions de porteurs du VIH. Elle a vraisemblablement plus d'habitants infectés que l'Afrique du Sud", considéré jusqu'alors comme le pays le plus touché en valeur absolue, estime-t-il.

Le patron de l'Onusida appelle les politiques à "voter des lois pour lutter contre la stigmatisation à l'encontre des personnes atteintes et les budgets pour développer la prévention et les traitements". Bref, que "chacun en fasse une priorité au niveau de sa circonscription". "Qu'ils parlent du sida, qu'ils brisent le silence", dit-il.

"Dans l'Etat de Bombay, 3 à 5% des femmes enceintes sont infectées"

"Même si il y a plusieurs états où ça bouge comme le Tamil Nadu, Manipur ou l'Etat de Bombay/Mumbai (le Maharashtra), il n'y a pas d'engagement à ce niveau". "Dans l'Etat de Bombay, 3 à 5 % des femmes enceintes sont infectées. C'est énorme", relève le Dr Piot.

Mais dans cet Etat, grâce aux efforts de prévention, le recours aux préservatifs parmi les personnes à risque a augmenté : 66% des travailleuses du sexe, 77% de leurs clients ainsi que 52% des consommateurs de drogues injectables les utilisent régulièrement, selon l'Onusida.

Au Tamil Nadu (sud), plus de 1% de la population générale est infectée, ajoute M. Piot.

"L'Inde est un pays de contrastes énormes", souligne-t-il. Bollywood (cinéma), "Silicone valley (informatique) à Bangalore (Karnataka) ou "Cyberabad" dans l'Andhra Pradesh (division de recherche de Microsoft) cotoie la misère extrème.

"C'est le pays des castes, des stigmatisations, et, le conservatisme rend la promotion du préservatif pas facile". "Si on ne peut pas parler de sexe, on ne peut pas s'attaquer au sida", dit-il. "La promotion des préservatifs doit faire partie de la prévention", insiste-t-il.

L'Inde exporte des génériques mettant "les trithérapies au prix d'environ 300 dollars par an". Paradoxe, "l'accès aux traitements n'est pas une politique nationale", même s'il existe dans le privé, à condition de pouvoir payer.

"Parmi les usagers de drogues injectables dans les Etats du sud-est, à Manipur, près de la frontière avec la Birmanie, 60 à 75 % sont séropositifs" et "la contamination ne reste pas cantonnée à ces populations", rappelle-t-il.

A Mumbay, au Tamil Nadu, plus de 50 % des prostituées sont séropositives.

La "catastrophe" menace : faute d'efforts appropriés, l'Inde comptera 25 millions de personnes infectées d'ici 2010, selon les experts américains.

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