BURAO (Somalie), 20 juin (AFP) - L'excision des fillettes, en Somalie, a accru le nombre de victimes de maladies sexuellement transmissibles (MST) et accentue le risque de propagation du sida, selon la mise en garde d'une gynécologue somalienne.
"Il arrive que des fillettes soient déjà séropositives, or les instruments utilisés pour l'excision ne sont pas stérilisés et, en outre, sont réutilisés pour l'intervention suivante, souligne Hodan Farah.
Elle est gynécologue à l'Hôpital général de Burao, à 280 km à l'est de Hargeisa, la capitale du Somaliland, la région du nord-ouest de la Somalie autoproclamée indépendante en 1991, mais non encore reconnue comme telle par la communauté internationale.
"Les problèmes liés à l'excision des fillettes somaliennes entre 7 et 10 ans ont parfois causé le malheur des femmes qu'elles sont devenues, pas seulement en altérant leur santé physique, mais également en les traumatisant", ajoute-t-elle, approuvée par un confrère et plusieurs infirmiers et infirmières.
On a déjà recensé quelques cas de sida au Somaliland, où la population n'est guère consciente des risques, faute de campagnes de prévention, soulignent-ils.
"Le sida est un message envoyé par Allah aux adultères et autres renégats aux pratiques sexuelles contre nature", leur répond Abdi Dahir Ali, un vieux dignitaire religieux, en référence à l'homosexualité.
"Celui qui demeure fidèle à l'épouse qu'il a acceptée selon la loi ne sera pas touché par cette prétendue maladie. Notre planète n'est pas un endroit sûr, dès lors que les homosexuels et les lesbiennes sont libres de la souiller", ajoute-t-il.
Les préservatifs? Ils peuvent être infectés, eux aussi, selon lui. Et plusieurs jeunes gens, interrogés par l'AFP, reconnaissent avoir eu des rapports sexuels non protégés avec leurs petites amies.
"On connaît bien les blancs, quand ils parlent des autres races. Les MST ont été introduites en Afrique par les troupes coloniales, et le sida est né aux Etats-Unis, en Californie", lance le vieux religieux.
Il ne convainc pas la gynécologue. "Si l'excision n'est pas interdite par la loi au Somaliland, elle entraînera des risques sanitaires désastreux pour ses femmes et donc pour sa société", avertit-elle.
Le gouvernement du Somaliland estime à 1% seulement la proportion de séropositifs parmi sa population de quelque 3 millions d'habitants. Une sous-estimation, de l'avis des agences internationales spécialisées.
"La situation ici n'est pas comparable à celle des pays voisins, le Kenya, Djibouti et l'Ethiopie, mais si des mesures massives d'information et de prévention ne sont pas prises, le nombre de personnes infectées pourrait croître sensiblement", conclut un représentant d'une agence d'aide médicale, sous couvert d'anonymat.
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