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Cambodge-société-enfants: Sida et drogue poussent les enfants des classes moyennes dans la rue

Agence France-Presse - Mai 29, 2003
Stéphanie Gee
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PHNOM PENH, 29 mai (AFP) - Svat, malingre et l'air hébété, s'injecte de l'héroïne, ou à défaut de la méthamphétamine, de trois à sept fois par jour depuis un an "avec ses amis de la rue", sous un pont de Phnom Penh.

Svat fait partie de cette catégorie d'enfants des rues apparue depuis environ deux ans au Cambodge: ceux qui ont toujours un foyer. Il rentre en effet parfois dormir chez ses parents, qu'il vole quand il se sent trop faible pour dépouiller un passant.

Comme Svat, de plus en plus de jeunes urbains issus de familles disposant de revenus réguliers --assimilables aux "classes moyennes" dans le contexte cambodgien-- se retrouvent dans la rue, expliquent de nombreuses organisations à l'approche de la Journée internationale des enfants, dimanche.

A la pauvreté des campagnes et aux conflits familiaux, jusqu'ici causes majeures de l'errance des enfants, s'ajoutent désormais la progression du sida et de la drogue.

Le sida a commencé à décimer des familles, y compris aisées, que le coût des soins et les décès entraînent dans la spirale de la paupérisation.

Le nombre d'orphelins du sida est estimé aujourd'hui à entre 40.000 et 50.000, indique Tia Phalla, responsable de l'Autorité nationale du sida, et devrait passer à 140.000 d'ici à 2005.

"40% des nouveaux cas que nous identifions sont issus d'un foyer touché par le sida", relève de son côté Sébastien Marot, coordinateur de l'ONG Friends, qui recueille quelque 1.800 enfants des rues à Phnom Penh.

D'autres jeunes de la rue sont toxicomanes, et en l'absence de toute structure de prise en charge, leurs parents, "parfois de familles très aisées, frappent à toutes les portes, ne sachant plus quoi faire", raconte Sokhoun Pin, un éducateur de Friends.

"Certains parents s'adressent à la police antidrogue et déposent officiellement une plainte contre leur enfant afin qu'il soit enfermé pendant quelques mois, ou monnayent sa détention quelques jours", rapporte Graham Shaw, un responsable de l'agence des Nations unies de contrôle et de prévention des drogues et du crime (UNODCCP).

Il est fréquent par ailleurs que des parents, photo à l'appui, renient leur enfant par voie de presse, le désignant à la vindicte publique pour son comportement déviant.

Tolah, 16 ans, montre ses bras d'héroïnomane marqués de traces d'aiguilles, dues à une dépendance vieille de trois ans, qu'il finance avec ses amis, par de menus larcins.

Dans les recoins d'un squat rempli d'ordures, ils se piquent, jouant sur la seringue parfois trente minutes durant "pour faire durer le plaisir", confie Tolah, près de son frère de 12 ans qui l'a rejoint il y a trois mois.

Chaque jour, il dépense au minimum quatre dollars pour ses besoins en drogue, une somme importante dans une capitale où le salaire moyen s'élève à seulement 40 dollars par mois.

Mais de temps à autre, dit-il, il quitte sa vie "de liberté" pour retourner chez son père et sa mère --ouvrier et commerçante-- qui possèdent une maison.

Sous le pont de Svat, la police a fait une descente ces derniers jours, mais "normalement, personne n'ose les approcher, pas même les policiers", affirme Amatak Ouch, de Friends. Car ces jeunes ignorent la peur du policier, dit-il, ils comptent sur leurs familles pour échapper aux ennuis.

La lame de 30 cm de l'imposant couteau de Svat brille à ses côtés. C'est avec son arme blanche qu'il extorque argent et bijoux aux passants sur le pont, au-dessus de sa tête, quitte à enfoncer la lame dans la chair des récalcitrants.

Dans la rue, les jeunes "riches" s'adjoignent souvent les services des plus misérables en constituant autour d'eux des réseaux de petite criminalité, explique Sun Kong Sith, du Child Welfare Group, un collectif de 25 ONG.

Les premiers, plus difficiles à approcher, plus arrogants, plus mobiles aussi que les seconds, pourraient annoncer, à ses yeux, de possibles explosions de violence urbaine.

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