GENEVE, 4 avr (AFP) - La Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a recommandé samedi à tous les gouvernements d'offrir aux toxicomanes des programmes de fourniture de seringues, au moment où certains pays, qui les marginalisent, enregistrent une explosion des cas de sida.
"Il n'y a qu'un seul moyen de renverser cette tendance : que les gouvernements adoptent des politiques axées sur l'intégration sociale des consommateurs de drogues par injection. Il s'agit d'aller à eux et de favoriser des pratiques moins risquées, en commençant par leur fournir du matériel stérile", affirme l'expert Massimo Barra, membre du Conseil d'administration du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
La Fédération appelle les gouvernements à mettre un terme à la "diabolisation sociale" qui favorise la propagation du VIH en traitant les groupes à haut risque (drogués, prostitué(e)s) comme des "parias".
Cet appel intervient à la veille d'une conférence internationale, coorganisée par la Fédération, sur la réduction des risques liés à l'usage de drogues, du 6 au 10 avril à Chiang Mai (nord de la Thaïlande).
"En mettant au ban de la société certaines catégories de personnes, on accroît leur vulnérabilité à la maladie. S'agissant des toxicomanes, on encourage des pratiques d'injection particulièrement dangereuses", affirme M. Barra, créateur à la Croix-Rouge italienne d'une fondation vouée aux consommateurs de drogues injectables,
Les échanges de matériels d'injection contaminés ont entraîné une véritable explosion du VIH/sida au sein de certaines communautés d'Europe du Sud, d'Amérique du Nord et du Sud ainsi que d'Australie. Aujourd'hui, l'Europe de l'Est et certaines régions d'Asie enregistrent pour la même raison une augmentation alarmante des taux de séropositivité.
En Europe orientale, l'augmentation a atteint 1300 % depuis 1996. En Russie, près de 90 % des infections récentes seraient imputables à l'utilisation d'aiguilles et seringues contaminées.
Grâce à des programmes d'échanges de seringues stériles, on enregistre un recul des comportements à haut risque pouvant atteindre jusqu'à 80 %, et une diminution de 30 % des taux d'infection par le VIH, selon la Fédération.
"Qui plus est, il est démontré qu'ils n'encouragent pas la consommation de drogues, mais contribuent à la faire reculer", affirme Bernard Gardiner, responsable de la lutte contre le VIH/sida à la Fédération internationale.
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